CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ

CELIBAT

CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ

RÉFLEXION DU CARDINAL CLAÚDIO HUMMES
À L'OCCASION DU XL ANNIVERSAIRE DE L'ENCYCLIQUE
«SACERDOTALIS CAELIBATUS»
DU PAPE PAUL VI

L'importance du célibat sacerdotal

 

 

A l'approche du XL anniversaire de la publication de l'Encyclique Sacerdotalis caelibatusde Sa Sainteté Paul VI, la Congrégation pour le Clergé a considéré opportun de rappeler l'enseignement magistériel de cet important document pontifical.

Le célibat sacerdotal est véritablement un don précieux du Christ à son Eglise, un don qu'il faut toujours méditer et renforcer à nouveau, en particulier dans le monde d'aujourd'hui, profondément sécularisé.

En effet, les chercheurs indiquent que les origines du célibat sacerdotal nous ramènent aux temps apostoliques. Père Ignace de la Potterie écrit:  "Les chercheurs s'accordent généralement pour dire que l'obligation du célibat ou du moins de la continence est devenu une loi canonique depuis le IV siècle [...]. Mais il est important d'observer que les législateurs des IV et V siècles affirmaient que cette disposition canonique était fondée sur une tradition apostolique. Le Concile de Carthage (en 390) disait par exemple:  "Il faut que ceux qui sont au service des mystères divins soient parfaitement continents (continentes esse in omnibus) afin que ce qu'ont enseigné les apôtres et a maintenu l'antiquité elle-même, nous l'observions nous aussi"" (1). Dans le même sens, A. M. Stickler parle d'arguments bibliques en faveur du célibat d'inspiration apostolique (2).

Le développement historique

Le Magistère solennel de l'Eglise répète de façon ininterrompue les dispositions sur le célibat ecclésiastique. Le Synode d'Elvira (300-303?) prescrit au canon 27:  "Un Evêque, comme tout autre clerc, ne doit avoir auprès de lui qu'une sœur ou une vierge consacrée; il a été établi qu'il ne doit absolument pas avoir auprès de lui une étrangère"; et au canon 33:  "Il a été décidé de façon générale l'interdiction suivante aux Evêques,  aux prêtres et aux diacres, ainsi qu'à tous les clercs qui exercent un ministère:  qu'ils s'abstiennent de leur épouse et n'engendrent pas d'enfants; ceux qui l'auront fait devront être éloignés de l'état clérical" (3).

Le Pape Sirice (384-399), dans la lettre à l'Evêque Imerius de Tarragone, en date du 10 février 385, affirmait:  "Le Seigneur Jésus [...] voulait que de la figure de l'Eglise, dont il est l'époux, émane la splendeur de la chasteté [...] nous tous prêtres sommes liés en vertu de la loi indissoluble de ces dispositions [...] afin qu'à partir du jour de notre ordination, nous confions tant nos cœurs que nos corps à la sobriété et à la pudeur, pour plaire au Seigneur notre Dieu dans les sacrifices que nous offrons chaque jour" (4).

Dans le premier Concile œcuménique du Latran de 1123, au canon 3, nous lisons:  "Nous interdisons de la façon la plus absolue aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres, de vivre avec leur concubine ou épouse et d'habiter avec des femmes autres que celles avec lesquelles le Concile de Nicée (325) a permis de vivre" (5). De même, dans la XXIV session du Concile de Trente, au canon 9, est rappelée l'impossibilité absolue de contracter un mariage pour les clercs constitués dans les Ordres sacrés ou les religieux qui ont fait le vœu solennel de chasteté; et avec elle, la nullité du mariage lui-même, unie au devoir de demander à Dieu le don de la chasteté dans une juste intention (6).

A une époque plus récente, le Concile œcuménique Vatican II a répété dans la déclaration Presbyterorum ordinis (7) le lien étroit entre célibat et Royaume de Dieu, voyant dans le premier un signe qui annonce de façon radieuse le second, un début de vie nouvelle, au service duquel le ministre de l'Eglise est consacré.

Avec l'Encyclique du 24 juin 1967, Paul VI maintint une promesse faite aux Pères conciliaires deux ans auparavant. Il examine les objections soulevées relatives à la discipline du célibat et, plaçant l'accent sur ses fondements christologiques et faisant référence à l'histoire et à ce que les documents des premiers siècles nous enseignent à propos des origines du célibat-continence, en confirme pleinement la valeur.

Le Synode des Evêques de 1971, tant dans le document pré-synodal Ministerium presbyterorum (15 février) que dans le document final Ultimis temporibus (30 novembre), affirme la nécessité de conserver le célibat dans l'Eglise latine, en expliquant son fondement, la convergence de ses motifs et les conditions qui le favorisent (8).

La nouvelle codification de l'Eglise latine de 1983 réitère la tradition de toujours:  "Les clercs sont tenus par l'obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s'unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s'adonner plus librement au service de Dieu et des hommes (9).

C'est dans la même ligne que se place le Synode de 1990, dont découle l'exhortation apostolique du Serviteur de Dieu le Pape Jean-Paul II Pastores dabo vobisdans laquelle le Souverain Pontife présente le célibat comme une exigence de radicalisme évangélique, qui favorise de façon particulière le style de vie spinale et qui jaillit de la configuration du prêtre à Jésus Christ, à travers le sacrement de l'Ordre (10).

Le Catéchisme de l'Eglise catholique, publié en 1992 et qui recueille les premiers fruits du grand événement du Concile œcuménique Vatican II, répète la même doctrine:  "Tous les ministres ordonnés de l'Eglise latine, à l'exception des diacres permanents, sont normalement choisis parmi les hommes croyants qui vivent en célibataires et qui ont la volonté de garder le célibat en vue du Royaume des Cieux" (11).

Dans le très récent Synode sur l'Eucharistie lui-même, selon la publication provisoire, officieuse et non officielle de ses propositions finales, autorisée par le Pape Benoît XVI, dans la proposition n. 11, en ce qui concerne le manque de clergé dans certaines parties du monde et sur la "faim eucharistique" du peuple de Dieu, on reconnaît "l'importance du don inestimable du célibat ecclésiastique dans la pratique de l'Eglise latine". Avec une référence au Magistère, en particulier au Concile œcuménique Vatican II et aux derniers Souverains Pontifes, les pères ont demandé d'illustrer de façon adéquate les raisons du rapport entre célibat et ordination sacerdotale, dans le plein respect de la tradition des Eglises orientales. Certains ont fait référence à la question des viri probati, mais cette hypothèse a été considérée comme une voie à ne pas parcourir.

Récemment, le 16 novembre dernier, le Pape Benoît XVI a présidé dans le Palais apostolique l'une des réunions régulières des chefs de dicastères de la Curie romaine. A cette occasion, a été réaffirmé la valeur du choix du célibat des prêtres, conformément à la tradition catholique ininterrompue, et a été répétée l'exigence d'une solide formation humaine et chrétienne, tant pour les séminaristes que pour les prêtres déjà ordonnés.

Les raisons du célibat sacré

Dans l'Encyclique "Sacerdotalis caelibatus", Paul VI présente tout d'abord la situation dans laquelle se trouvait à cette époque la question du célibat des prêtres, tant du point de vue de sa reconnaissance que des objections à son égard. Ses premières paroles sont déterminantes et encore d'actualité:  "Le célibat sacré, que l'Eglise garde depuis des siècles comme un joyau splendide, conserve toute sa valeur également à notre  époque  caractérisée  par une transformation profonde des mentalités et des structures" (12). Paul VI révèle combien lui-même a médité, en s'interrogeant sur ce thème, pour pouvoir répondre aux objections, et il conclut:  "Nous estimons donc que la loi du célibat actuellement en vigueur doit, encore de nos jours et fermement, être liée au ministère ecclésiastique; elle doit soutenir le ministre de l'Eglise dans son choix exclusif, définitif et total de l'amour unique et souverain du Christ, du dévouement au culte de Dieu et au service de l'Eglise, et elle doit qualifier son état de vie aussi bien dans la communauté des fidèles que dans la société profane" (13).

"Certes", ajoute le Pape, "comme l'a déclaré le second Concile du Vatican, la virginité n'est pas exigée par la nature même du sacerdoce, ainsi que le montrent la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des Eglises d'Orient (Presb. ord.16), mais le même saint Concile n'a pas hésité à confirmer solennellement la loi ancienne, sainte et providentielle du célibat sacerdotal, telle qu'elle existe actuellement, non sans exposer les motifs qui la justifient aux yeux de quiconque sait apprécier les dons divins en esprit de foi et avec la flamme intérieure de la générosité" (14).

C'est vrai. Le célibat est un don que le Christ offre aux appelés au sacerdoce. Ce don doit être accueilli avec amour, joie et gratitude. Ainsi, il sera une source de bonheur et de sainteté.

Les raison du célibat sacré, présentées par Paul VI, sont au nombre de trois:  sa signification christologique, sa signification ecclésiologique, sa signification eschatologique.

Commençons par la signification christologique. Le Christ est nouveauté. Il réalise une nouvelle création. Son sacerdoce est nouveau. Il renouvelle toutes les choses. Jésus, Fils unique du Père, envoyé dans le monde, "s'est fait homme pour que l'humanité, sujette au péché et à la mort, soit régénérée et, par une nouvelle naissance, entre dans le Royaume des cieux. S'étant consacré tout entier à la volonté de son Père, Jésus accomplit par son ministère pascal cette création nouvelle, introduisant dans le temps et dans le monde une forme nouvelle, sublime, divine, de vie qui  transforme  la condition terrestre elle-même de l'humanité" (15).

Le mariage naturel lui-même, béni par Dieu dès sa création, mais blessé par le péché, fut renouvelé par le Christ qui "l'a élevé à la dignité de sacrement et de signe mystérieux de sa propre union avec l'Eglise" [...]. Mais le Christ, Médiateur d'une Alliance plus haute (cf. He8, 6), a ouvert un autre chemin où la créature humaine, s'attachant totalement et directement au Seigneur, exclusivement préoccupée de Lui et de ce qui Le concerne, manifeste de façon plus claire et plus complète la réalité profondément novatrice de la Nouvelle Alliance" (16).

Cette nouveauté, ce nouveau chemin est la vie dans la virginité, que Jésus Lui-même a vécue, en harmonie avec sa nature de médiateur entre le ciel et la terre, entre le Père et le genre humain. "En pleine harmonie avec cette mission, le Christ est resté durant toute sa vie dans l'état de virginité, qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes" (17). Service de Dieu et des hommes signifie amour total et sans réserves, qui a marqué la vie de Jésus parmi nous. Virginité par amour du Royaume de Dieu!

A présent, le Christ, appelant ses prêtres à être ministres du salut, c'est-à-dire de la nouvelle création, les appelle à être et à vivre en nouveauté de vie, unis et semblables à Lui dans la forme la plus parfaite possible. C'est de cela que découle le don du célibat sacré, comme configuration plus complète avec le Seigneur Jésus et prophétie de la nouvelle création. Il a appelé ses apôtres "amis". Il les a appelés à Le suivre de très près, en tout, jusqu'à la Croix. Et la Croix les conduira à la résurrection, à la nouvelle création accomplie. C'est pourquoi, nous savons que le suivre avec fidélité dans la virginité, qui inclut un sacrifice, nous conduira au bonheur. Dieu n'appelle personne au malheur, mais au bonheur. Toutefois, le bonheur va toujours de pair avec la fidélité. C'est ce qu'a dit le regretté Jean-Paul II aux époux réunis autour de Lui lors de la II Rencontre mondiale des Familles, à Rio de Janeiro.

C'est ainsi que ressort le thème de la signification eschatologique du célibat, en tant que signe et prophétie de la nouvelle création, c'est-à-dire du Royaume définitif de Dieu dans la Parousie, lorsque tous, nous ressusciterons de la mort.

"L'Eglise [...] forme de ce royaume le germe  et  le  commencement  sur la terre", comme nous l'enseigne le Concile Vatican II (18). De ces "derniers temps", la virginité, vécue par amour du Royaume de Dieu, constitue un signe particulier, car le Seigneur a annoncé qu'"à la résurrection, [...] on ne prend ni épouse ni époux, mais l'on est comme des anges de Dieu au ciel" (19).

Dans un monde comme le nôtre, monde de spectacle et de plaisirs faciles, profondément fasciné par les choses terrestres, en particulier par le progrès des sciences et des technologies - rappelons les sciences biologiques et les biotechnologies - l'annonce d'un au-delà, c'est-à-dire d'un monde futur, d'une parousie, comme avènement définitif d'une nouvelle création, est déterminant et, dans le même temps, libère des ambiguïtés des apories, des vacarmes, des souffrances et des contradictions, au profit des biens véritables et des nouvelles et profondes connaissances que le progrès humain actuel porte avec lui.

Enfin, la signification ecclésiologique du célibat nous conduit plus directement à l'activité pastorale du prêtre.

L'Encyclique  affirme:   "La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l'amour virginal du Christ pour l'Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle de cette union" (20). Semblable au Christ et dans le Christ, le prêtre épouse de façon mystique l'Eglise, aime l'Eglise d'un amour exclusif. Ainsi, se consacrant totalement aux choses du Christ et de son Corps mystique, le prêtre jouit d'une ample liberté spirituelle pour se placer au service aimant et total de tous les hommes, sans distinction.

"Ainsi en va-t-il du prêtre:  en mourant quotidiennement à lui-même, en renonçant, par amour du Seigneur et de son règne, à l'amour légitime d'une famille qui ne soit qu'à lui, il trouvera la gloire d'une vie pleine et féconde dans le Christ, puisque, comme Lui et en Lui, il aime tous les enfants de Dieu et se donne à eux" (21).

L'Encyclique ajoute également que le célibat fait croître l'aptitude du prêtre à écouter la Parole de Dieu et à prier, de même qu'il lui permet de déposer sur l'autel toute sa vie marquée des signes du sacrifice (22).

La valeur de la chasteté et du célibat

Avant d'être une disposition canonique, le célibat est un don de Dieu à son Eglise, c'est une question liée au dévouement total au Seigneur. Même dans la distinction entre la discipline du célibat des séculiers et l'expérience religieuse de la consécration et de l'émission des vœux, il ne fait aucun doute qu'il n'existe pas d'autre interprétation et justification du célibat ecclésiastique en dehors du dévouement total au Seigneur, dans un rapport qui soit, également du point vue vue affectif, exclusif; cela présuppose un profond rapport personnel et communautaire avec le Christ, qui transforme le cœur de ses disciples.

Le choix du célibat de l'Eglise catholique de rite latin s'est développé, depuis les temps apostoliques, précisément dans la ligne de la relation du prêtre avec son Seigneur, ayant comme grande icône le "M'aimes-tu plus que ceux-ci?" (23) que Jésus ressuscité adressa à Pierre.

Les raisons christologiques, ecclésiologiques et eschatologiques du célibat, toutes enracinées dans la communion particulière avec le Christ à laquelle le prêtre est appelé, peuvent donc être déclinées de diverses façons selon ce qui est affirmé avec autorité par Sacerdotalis caelibatus.

Avant tout, le célibat est "signe et stimulant de la charité pastorale" (24). Celle-ci représente le critère suprême pour juger de la vie chrétienne sous tous ses aspects; le célibat est une voie de l'amour, même si Jésus lui-même, comme le rapporte l'Evangile selon Matthieu, affirme que tous ne peuvent pas comprendre cette réalité:  "Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c'est donné" (25).

Une telle charité se décline dans le double aspect classique d'amour envers Dieu et envers les frères:  "En gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume des cieux, les prêtres se consacrent au Christ d'une manière nouvelle et privilégiée, il leur est plus facile de s'attacher à lui sans que leur cœur soit partagé" (26). Saint Paul, dans le passage que l'on évoque ici, présente le célibat et la virginité comme "moyens de plaire au Seigneur" sans partage (27):  en d'autres termes, une "voie de l'amour" qui présuppose assurément une vocation particulière, et en ce sens c'est un charisme, et qui est en soi excellente, tant pour le chrétien que pour le prêtre.

L'amour radical à l'égard de Dieu devient à travers la charité pastorale amour à l'égard des frères. Dans Presbyterorum ordinisnous lisons que les prêtres "sont plus libres pour se consacrer, en lui et par lui, au service de Dieu et des hommes, plus disponibles pour servir son royaume et l'œuvre de la régénération surnaturelle, plus capables d'accueillir largement la paternité dans le Christ" (28). L'expérience commune confirme qu'il est plus simple d'ouvrir le cœur à ses frères pleinement et sans réserves pour ceux qui ne sont pas liés par d'autres liens affectifs, aussi  légitimes  et  saints  soient-ils,  en dehors de celui à l'égard du Christ.

Le célibat est l'exemple que le Christ lui-même nous a laissé. Il a voulu être célibataire. L'Encyclique explique encore:  "Le Christ est resté toute sa vie dans l'état de virginité, qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes. Ce lien profond qui, dans le Christ, unit la virginité et le sacerdoce, se reflète en ceux à qui il échoit de de participer à la dignité de la mission du Médiateur et Prêtre éternel, et cette participation sera d'autant plus parfaite que le ministre sacré sera affranchi de tout lien de la chair et du sang" (29).

L'existence historique de Jésus Christ est le signe le plus évident que la chasteté assumée de façon volontaire par Dieu est une vocation solidement fondée tant sur le plan chrétien que sur celui de la raison humaine.

Si la vie chrétienne commune ne peut se déclarer légitimement telle si elle exclut la dimension de la Croix, l'existence sacerdotale serait d'autant plus incompréhensible si elle était privée de l'optique du Crucifié. La souffrance, et parfois les difficultés et même l'échec, ont leur place dans l'existence d'un prêtre, même si, en dernière analyse, elle n'est pas déterminée par ceux-ci. En choisissant de suivre le Christ dès le premier instant, l'on s'engage à aller avec Lui au Calvaire, conscient que l'acceptation de sa propre croix est l'élément qui qualifie la radicalité de la sequela.

Enfin, comme on l'a dit, le célibat est un signe eschatologique. Dans l'Eglise est présent dès maintenant le Royaume futur:  non seulement celle-ci l'annonce, mais elle le réalise de façon sacramentelle en contribuant à la "création nouvelle" jusqu'à ce que Sa gloire se manifeste pleinement.

Tandis que le sacrement du mariage enracine l'Eglise dans le présent, la plongeant totalement dans l'ordre terrestre qui devient ainsi lui-même lieu de sanctification possible, la virginité renvoie immédiatement à l'avenir, à la perfection intégrale de la création qui ne sera réalisée pleinement qu'à la fin des temps.

Les moyens d'être fidèles au célibat

La sagesse bimillénaire de l'Eglise, experte en humanité, a constamment identifié dans le temps certains éléments fondamentaux et indispensables pour favoriser la fidélité de ses fils au charisme surnaturel du célibat.

Parmi ceux-ci ressort, également dans le récent Magistère, l'importance de la formation spirituelle du prêtre appelé à être "témoin de l'Absolu". Pastores dabo vobis affirme:  "Se former au sacerdoce signifie s'entraîner à donner une réponse personnelle à la question fondamentale du Christ:  "M'aimes-tu?". La réponse, pour le futur prêtre, ne peut être que le don total de sa vie" (30). Dans ce sens, les années de la formation sont absolument fondamentales, tant celles éloignées, vécues en famille, que celles futures, au cours des années du Séminaire, véritable école d'amour dans laquelle, comme la communauté apostolique, les jeunes séminaristes se rassemblent autour de Jésus en attente du don de l'Esprit pour la mission. "La relation du prêtre avec Jésus Christ et, en lui, avec son Eglise s'inscrit dans l'être même du prêtre, en vertu de sa consécration ou de l'onction sacramentelle, et dans son agir, c'est-à-dire dans sa mission ou dans son ministère" (31). Le sacerdoce n'est autre qu'une "vie intimement unie à Jésus Christ" (32), dans une relation de communion intime qui est décrite "avec une nuance d'amitié" (33). La vie du prêtre est, au fond, une forme d'existence qui serait inconcevable s'il n'y avait pas le Christ. C'est précisément en cela que consiste la force de son témoignage:  la virginité pour le Royaume de Dieu est une donnée réelle, elle existe car le Christ existe et la rend possible.

L'amour pour le Seigneur est authentique lorsqu'il tend à être total:  aimer le Christ signifie avoir une connaissance profonde de Lui, fréquenter Sa personne, partager et assimiler Sa pensée et, enfin, accueillir sans réserves les exigences radicales de l'Evangile. On ne peut être témoins de Dieu que si l'on fait une expérience profonde du Christ; de la relation avec le Seigneur dépend l'existence sacerdotale tout entière, la qualité de son expérience demartyria, de son témoignage.

Le témoin de l'Absolu est uniquement celui qui a véritablement Jésus comme ami et Seigneur, celui qui jouit de Sa communion. Le Christ n'est pas seulement objet de réflexion, de thèses théologiques ou une mémoire historique; Il est le Seigneur présent, il est vivant car ressuscité et nous ne sommes vivants que dans la mesure où nous participons toujours plus profondément à Sa vie. C'est sur cette foi explicite que se fonde l'existence sacerdotale tout entière. C'est pourquoi l'Encyclique affirme:  "Le prêtre doit s'appliquer avant tout à développer avec tout l'amour que la grâce lui inspire son intimité avec le Christ, s'efforçant d'en explorer l'inépuisable et béatifiant mystère; il doit acquérir un sens toujours plus profond du mystère de l'Eglise, en dehors duquel son état de vie risquerait de lui apparaître déraisonnable et sans fondement" (34).

Outre la formation et l'amour du Christ, l'élément essentiel pour préserver  le  célibat est la passion pour le Royaume de Dieu, qui signifie la capacité de travailler avec zèle et sans ménager ses efforts afin que le Christ soit connu, aimé et suivi. Comme le paysan qui, ayant trouvé la perle précieuse, vend tout pour acheter le champ, ainsi, celui qui trouve le Christ et consacre toute son existence avec Lui et pour Lui, ne peut s'empêcher de vivre en œuvrant afin que les autres puissent Le rencontrer.

Sans cette perspective claire, tout "sursaut missionnaire" est voué à l'échec, les méthodologies se transforment en techniques de conservation d'un système, et les prières elles-mêmes pourraient devenir des techniques de méditation et de contact avec le sacré dans lesquelles se dissolvent tant le moi humain que le Toi de Dieu.

Une occupation fondamentale et nécessaire du prêtre, comme exigence et comme devoir, est la prière qui, en fait, est irremplaçable dans la vie chrétienne et, par conséquent, dans la vie sacerdotale. Il faut y accorder une attention particulière:  la célébration eucharistique, l'Office divin, la confession fréquente, le rapport affectueux avec la Très Sainte Vierge Marie, les Exercices spirituels, la  récitation quotidienne du Rosaire, constituent quelques-uns des signes spirituels d'un amour qui, s'il était absent, risquerait inexorablement d'être remplacé par les succédanés, souvent néfastes, de l'image, de la carrière, de l'argent, de la sexualité.

Le prêtre est homme de Dieu car il est appelé par Dieu à l'être et il vit cette identité personnelle dans l'appartenance exclusive à son Seigneur, qui s'exprime également dans le choix du célibat. C'est un homme de Dieu parce qu'il vit de Lui, il Lui parle, il discerne et décide avec Lui, dans une obéissance filiale, les étapes de son existence chrétienne. Plus les prêtres seront radicalement des hommes de Dieu, à travers une existence entièrement centrée sur Dieu, comme l'a souligné le Saint-Père Benoît XVI dans les vœux de Noël à la Curie Romaine le 22 décembre dernier, plus leur témoignage sera efficace et fécond et leur ministère riche de fruits de conversion. Il n'existe pas d'opposition entre la fidélité à Dieu et la fidélité à l'homme mais, au contraire, la première est la condition qui permet la seconde.

Conclusion:  une vocation sainte

Pastores dabo vobis, en parlant de la vocation du prêtre à la sainteté, après avoir souligné l'importance du rapport personnel avec le Christ, exprime une autre exigence:  le prêtre, appelé à la mission de l'annonce, se voit confier la Bonne Nouvelle pour en faire don à tous. Toutefois, il est appelé à accueillir l'Evangile avant tout comme don offert à son existence, à sa personne et comme événement salvifique qui l'engage à une vie sainte.

Dans cette perspective, Jean-Paul II a parlé du radicalisme évangélique qui doit caractériser la sainteté du prêtre; il est donc possible d'indiquer dans les conseils évangéliques traditionnellement proposés par l'Eglise et vécus dans les états de vie consacrée les itinéraires d'un radicalisme vital auquel, à sa façon, le prêtre est également appelé à être fidèle.

L'exhortation affirme:  "Les différents "conseils évangéliques" que Jésus propose dans le Discours sur la montagne sont l'expression privilégiée du radicalisme évangélique. Parmi ces conseils, intimement coordonnés entre eux, se trouvent l'obéissance, la chasteté et la pauvreté. Le prêtre est appelé à les vivre selon les modalités et, plus encore, selon les finalités et le sens original qui découlent de l'identité du prêtre et l'expriment" (35).

Et encore, reprenant la dimension ontologique sur laquelle le radicalisme évangélique  est  fondé:  "L'Esprit, en consacrant le prêtre et en le configurant à Jésus Christ, Tête et Pasteur, crée un lien dans l'être même du prêtre; ce lien doit être assumé et vécu d'une manière personnelle, c'est-à-dire consciente et libre, par une vie de communion et d'amour toujours plus riche et un partage toujours plus grand et radical des sentiments et des attitudes de Jésus Christ. Dans ce lien entre le Seigneur Jésus et le prêtre, lien ontologique et psychologique, sacramentel et moral, résident le fondement en même temps que la force nécessaire de cette "vie dans l'Esprit" et de ce "radicalisme évangélique", auquel chaque prêtre est appelé et que favorise la formation permanente sous son aspect spirituel" (36).

Le caractère nuptial du célibat ecclésiastique, précisément en raison du rapport entre le Christ et l'Eglise que le prêtre est appelé à interpréter et à vivre, devrait en élargir l'esprit, en illuminant sa vie et en enflammant son cœur. Le célibat doit être une oblation heureuse, un besoin de vivre avec le Christ, afin qu'Il reverse chez le prêtre les effusions de sa bonté et de son amour qui sont ineffablement pleines et parfaites.

A ce propos, les paroles du Saint-Père Benoît XVI sont éclairantes:  "Le véritable fondement du célibat ne peut être contenu que dans la phrase:  "Dominus pars" (mea) - tu es ma terre. Il ne peut être que théocentrique. II ne peut signifier être privés d'amour, mais il doit signifier se laisser gagner par la passion pour Dieu, et apprendre ensuite, grâce à une présence plus intime à ses côtés, à servir également les hommes. Le célibat doit être un témoignage de foi:  la foi en Dieu devient concrète dans cette forme de vie qui a un sens uniquement à partir de Dieu. Placer sa vie en Lui, en renonçant au mariage et à la famille signifie que j'accueille et que je fais l'expérience de Dieu comme réalité et que je peux donc l'apporter aux hommes" (37).

 

Cláudio Card. HUMMES 
Préfet de la Congrégation pour le Clergé

 


Notes

1) Cf. I. de la Potterie, Le fondement biblique du célibat sacerdotal, dans Solo per amore. Riflessioni sul celibato sacerdotale, Cinisello Balsamo, 1993, pp. 14-15.

2) Cf. A. M. Stickler, in Ch. Cochini, Origines apostoliques du Célibat sacerdotal, Préface, n. 6.

3) Cf. H. Denzinger, Enchiridion symbolorum definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, ed., P. Hünermann, Bologne, 1995; nn. 118-119, p. 61.

4) Id., op. cit., n. 185, p. 103.

5) Id., op. cit., n. 711, p. 405.

6) Id., op cit., n. 1809, p. 739.

7) Conc. Vat. II, Décr. Presbyterorum ordinis, n. 16.

8) Enchiridion du Synode des Evêques 1.1965-1988, éd. Secrétariat général du Synode des Evêques, Bologne, 2005, nn. 755-855; 1068-1114, en particulier nn. 1100-1105.

9) Codex Iuris canonici, can. 277,  1.

10) Jean-Paul II, Exhortation apost. Pastores  dabo  vobis,  25  mars  1992, n. 44.

11) Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 1579.

12) Paul VI, Lettre enc. Sacerdotalis caelibatus, n. 1.

13) Id., n. 14.

14) Id., n. 17.

15) Id., n. 19.

16) Id., n. 20.

17) Id., n. 21.

18) Cf. Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 5.

19) Ibid.

20) Paul VI, Lett. enc. Sacerdotalis caelibatus, n. 26.

21) Id., n. 30.

22) Cf. Id., nn. 27-29.

23) Jn 21, 15.

24) Paul VI, Lett. enc. Sacerdotalis caelibatus, n. 24.

25) Mt 19, 11.

26) Conc. Vat. II, Déc. Presbyterorum ordinis, n. 16.

27) Cf. 1 Co 7, 32-33.

28) Conc. Vat. II, Déc. Presbyterorum ordinis, n. 16.

29) Paul VI, Lett. enc. Sacerdotalis caelibatus, n. 21.

30) Jean-Paul II, Pastores dabo vobis, n. 42.

31) Id., n.16.

32) Id., n. 46.

33) Ibid.

34) Paul VI, Lett. enc. Sacerdotalis caelibatus, n. 75.

35) Jean-Paul II, Pastores dabo vovis, n. 27.

36) Id., n. 72.

37) Benoît XVI, Discours à la Curie romaine lors de la présentation des voeux de Noël, 22 décembre 2006.

 

LETTRE DU PAPE
JEAN-PAUL II

AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1979

Chers Frères Prêtres,

1. Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis prêtre

En ces premiers temps de mon nouveau ministère dans l’Église, j’éprouve un profond besoin de m’adresser à vous, à vous tous sans aucune exception, prêtres diocésains et religieux, qui êtes mes frères en vertu du sacrement de l’Ordre. Je désire avant tout exprimer ma foi en la vocation qui vous unit à vos évêques, en une communion particulière fondée sur le sacrement et le ministère, et par laquelle se construit l’Église, Corps mystique du Christ. Vers vous tous donc qui, en vertu d’une grâce spéciale et par un don particulier de vous-mêmes à notre Sauveur, supportez " le poids du jour et la chaleur" (1) dans les tâches multiples du service sacerdotal et pastoral, se sont tournés mes pensées et mon cœur dès l’instant où le Christ m’a appelé à cette Chaire sur laquelle autrefois saint Pierre a dû, par sa vie et par sa mort, répondre jusqu’au bout à la demande : "M’aimes-tu ? M’aimes-tu plus que ceux-ci ?" (2).

Sans cesse je pense à vous, je prie pour vous, avec vous je cherche les voies de l’union spirituelle et de la collaboration parce que, en vertu du sacrement de l’Ordre que j’ai reçu moi aussi des mains de mon évêque (le métropolite de Cracovie, le Cardinal Adam-Étienne Sapieha, d’inoubliable mémoire), vous êtes mes frères. Je veux donc vous dire aujourd’hui, en adaptant les paroles de saint Augustin (3) : "Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis prêtre". Il y a en effet aujourd’hui une circonstance particulière qui me pousse à vous confier quelques pensées que j’expose dans cette lettre : la proximité du Jeudi Saint. C’est la fête annuelle de notre sacerdoce qui réunit l’ensemble du presbyterium de chaque diocèse autour de son évêque dans la célébration commune de l’Eucharistie. C’est en ce jour que tous les prêtres sont invités à renouveler devant leur évêque et avec lui les promesses faites au moment de l’ordination sacerdotale ; et cela me permet, avec tous mes frères dans l’épiscopat, d’être associé à vous dans une unité toute spéciale, et surtout de me retrouver au cœur même du mystère de Jésus-Christ, auquel nous participons tous.

Le Concile Vatican II, qui a mis en relief d’une manière si explicite la collégialité de l’épiscopat dans l’Église, a donné également une forme nouvelle à la vie des communautés sacerdotales, reliées entre elles par un lien spécial de fraternité et unies à l’évêque de leur Église particulière. Toute la vie sacerdotale et tout le ministère sacerdotal servent à l’approfondissement et au renforcement de ce lien ; toutefois, une responsabilité particulière pour les diverses tâches concernant cette vie et le ministère est assumée, entre autres, par les Conseils presbytéraux qui, selon la pensée du Concile et du Motu proprio Ecclesiae Sanctae de Paul VI (4), doivent exercer leurs fonctions dans chaque diocèse. Tout cela tend à faire en sorte que chaque évêque, en union avec on presbyterium, puisse servir d’une manière plus efficace la grande cause de l’évangélisation. Par ce service, l’Église réalise sa mission, et même sa propre nature. Les paroles suivantes de saint Ignace d’Antioche confirment bien l’importance que doit avoir ici l’unité des prêtres avec leur évêque : "Ayez à cœur de faire toutes choses dans une divine concorde, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui tiennent la place du sénat des Apôtres, et des diacres qui me sont si chers, eux qui ont reçu la charge du service de Jésus-Christ (5)."

2. L’amour du Christ et de l’Église nous unit

Il n’est pas dans mon intention de rappeler dans cette lettre tout ce qui constitue la richesse de la vie et du ministère des prêtres. Je renvoie ici à toute la tradition du magistère de l’Église et, d’une façon particulière, à la doctrine du Concile Vatican II contenue dans ses divers documents, surtout dans la constitution Lumen Gentium et dans les décrets Presbyterorum ordinis et Ad gentesJe me rattache aussi à l’encyclique de mon prédécesseur Paul VI Sacerdotalis caelibatus. Enfin, je désire donner une grande importance au document De Sacerdotio ministeriali que le même Paul VI a approuvé comme fruit des travaux du Synode des Évêques de 1971 car il y a trouvé - bien que la session du Synode qui l’avait élaboré n’ait eu qu’un caractère consultatif - un exposé d’une importance essentielle en ce qui concerne l’aspect spécifique de la vie et du ministère des prêtres dans le monde contemporain.

Me référant à toutes ces sources que vous connaissez bien, je voudrais dans la présente lettre aborder seulement quelques points qui me semblent d’une importance extrême en cet instant de l’histoire de l’Église et du monde. Ce sont là des paroles qui m’ont été dictées par mon amour pour l’Église, laquelle ne sera en mesure d’accomplir sa mission vis-à-vis du monde que si, malgré toute la faiblesse humaine, elle reste fidèle au Christ. Je m’adresse, je le sais, à ceux auxquels seul l’amour du Christ a accordé, par une vocation spécifique, de se donner au service de l’Église et, dans l’Église, au service de l’homme, pour la solution des problèmes les plus importants, et avant tout de ceux qui concernent le salut éternel.

Même si au début de ces réflexions je me réfère à nombre de sources écrites et de documents officiels, je veux surtout me référer à cette source vivante qu’est notre commun amour pour le Christ et pour son Église, amour qui naît de la grâce de la vocation sacerdotale, amour qui est le plus grand don de l’Esprit Saint (6).

3. Pris d’entre les hommes.... établi pour intervenir en faveur des hommes" (7)

Le Concile Vatican Il a approfondi la conception du sacerdoce, le présentant dans l’ensemble de son enseignement comme expression des forces intérieures, de ce "dynamisme" par lequel se dessine la mission de l’ensemble du peuple de Dieu dans l’Église. Il faut ici se reporter surtout à la Constitution Lumen Gentium et en relire attentivement les divers paragraphes. La mission du peuple de Dieu se réalise par la participation à la fonction et à la mission de Jésus-Christ lui-même qui, comme chacun le sait, ont une triple dimension : c’est une mission et une fonction de prophète, de prêtre et de roi. Lorsqu’on analyse avec attention les textes conciliaires, il apparaît clairement qu’il faut parler d’une triple dimension du service et de la mission du Christ plutôt que de trois fonctions différentes. Elles sont en effet étroitement connexes, elles s’expliquent réciproquement, elles se conditionnent et s’éclairent l’une l’autre. En conséquence, c’est de cette triple unité que découle notre participation à la mission et à la fonction du Christ. Comme chrétiens, membres du peuple de Dieu, et ensuite comme prêtres participant à l’ordre hiérarchique, nous prenons notre source dans l’ensemble de la mission et de la fonction de notre Maître qui est prophète, prêtre et roi, pour lui rendre un témoignage particulier dans l’Église et devant le monde.

Le sacerdoce auquel nous participons par le sacrement de l’Ordre, qui a été "imprimé" à jamais dans nos âmes par un signe particulier de Dieu, le "caractère", est en relation explicite avec le sacerdoce commun des fidèles, c’est-à-dire de tous les baptisés, mais en même temps il y a entre eux "une différence essentielle et non seulement de degré" (8). Ainsi prennent leur pleine signification les paroles de l’auteur de la lettre aux Hébreux sur le prêtre qui, "pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes" (9).

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l vaut mieux ici relire encore une fois ce texte classique du Concile qui exprime les vérités fondamentales sur le thème de notre vocation dans l’Église (10) :

"Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes (cf. He, 5, 1-5), a fait du peuple nouveau "un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père" (cf. Ap 1, 6 ; 5, 9-10). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels, et proclamer les merveilles de celui qui des ténèbres les a appelés à son admirable lumière (cf. 1 P 2, 4-10). C’est Pourquoi tous les disciples du Christ, persévérant dans la prière et la louange de Dieu (cf. Ac 2, 42-47), doivent s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15).

"Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu’il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles, eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective."

4. Le prêtre, don du Christ pour la communauté

Il nous faut considérer à fond la signification non seulement théorique mais aussi existentielle de la "relation" mutuelle qui subsiste entre sacerdoce hiérarchique et sacerdoce commun des fidèles. S’il y a entre eux une différence essentielle et pas seulement de degré, cela résulte d’une richesse particulière du sacerdoce même du Christ, qui est le centre unique et la source unique aussi bien de la participation propre à tous les baptisés que de l’autre participation à laquelle on parvient par un sacrement distinct, le sacrement de l’Ordre. Ce sacrement, chers Frères, pour nous spécifique, fruit de la grâce particulière de la vocation et fondement de notre identité, en vertu de sa nature même et de tout ce qu’il produit dans notre vie et notre activité, sert à rendre les fidèles conscients de leur sacerdoce commun et à leur permettre de l’exercer (11) : il leur rappelle qu’ils sont le peuple de Dieu et les rend aptes à "offrir des sacrifices spirituels" (12), grâce auxquels le Christ lui-même fait de nous une éternelle offrande au (13) père. Cela se réalise avant tout lorsque le prêtre, qui "jouit d’un Pouvoir sacré... fait, dans le rôle du Christ (in persona Christi), le sacrifice eucharistique et l’offre à Dieu au nom du peuple tout entier " (14) comme nous le lisons dans le texte conciliaire rappelé ci-dessus.

Notre sacerdoce sacramentel est donc à la fois "hiérarchique" et "ministériel". Il constitue un ministerium particulier, c’est-à-dire un "service" à l’égard de la communauté des croyants. Il ne tire donc pas son origine de cette communauté, comme si c’était elle qui "appelait" ou "déléguait". C’est en réalité un don pour cette communauté, et il provient du Christ lui-même, de la plénitude de son sacerdoce. Cette plénitude trouve son expression dans le fait que le Christ, en rendant tous les hommes aptes à offrir le sacrifice spirituel, en appelle quelques-uns et les habilite à être ministres de son propre Sacrifice sacramentel, l’Eucharistie : à l’offrande de celle-ci concourent tous les fidèles, et en elle sont inclus tous les sacrifices spirituels du peuple de Dieu.

Conscients de cette réalité, nous comprenons de quelle manière notre sacerdoce est "hiérarchique", c’est-à-dire lié au pouvoir de former et de conduire le peuple sacerdotal (15), et, par cela même, "ministériel". Nous accomplissons cette fonction, par laquelle le Christ lui-même "sert" sans cesse le Père dans l’œuvre de notre salut. Toute notre existence sacerdotale est et doit être profondément imprégnée de ce service si nous voulons accomplir comme il faut le Sacrifice eucharistique in persona Christi.

Le sacerdoce exige une intégrité particulière de vie et de service, et cette intégrité convient souverainement à notre identité sacerdotale. En elle s’exprime en même temps la grandeur de notre dignité et la "disponibilité" correspondante : il s’agit de l’attitude de celui qui est prêt à accepter humblement les dons de l’Esprit Saint et à communiquer aux autres les fruits de l’amour et de la paix, à leur donner la certitude de la foi d’où découlent la profonde compréhension du sens de l’existence humaine et la capacité d’introduire l’ordre moral dans la vie des individus et des milieux humains.

Le sacerdoce nous est donné pour servir constamment les autres, comme le faisait le Christ Seigneur ; nous ne pouvons donc y renoncer en raison des difficultés que nous rencontrons et des sacrifices qui nous sont demandés. Comme les Apôtres, nous avons tout quitté pour suivre le Christ (16) et il nous faut persévérer à ses côtés, en acceptant jusqu’à la croix.

5. Au service du Bon Pasteur

En vous écrivant, se présentent à mon regard et à mon cœur les secteurs les plus étendus et les plus variés de la vie des hommes auxquels, chers Frères, vous êtes envoyés comme ouvriers dans la vigne du Seigneur (17). Mais la comparaison du troupeau (18) vaut aussi pour vous puisque, par le caractère sacerdotal, vous participez au charisme pastoral, ce qui est le signe d’une relation particulière de ressemblance avec le Christ, le Bon Pasteur. Vous êtes précisément revêtus de cette qualification, d’une façon toute spéciale. Bien que la sollicitude pour le salut des autres soit et doive être la tâche de chaque membre de la grande communauté du peuple de Dieu, et donc aussi de tous nos frères et sœurs laïcs - le Concile Vatican Il s’est longuement exprimé sur ce sujet (19) - on attend cependant de vous, prêtres, une sollicitude et un engagement bien supérieurs, et bien différents de ceux d’un simple laïc ; votre participation au sacerdoce de Jésus-Christ a en effet, avec leur participation, une différence "essentielle et pas seulement de degré" (20).

De fait, le sacerdoce de Jésus-Christ est la source première de l’expression d’une sollicitude incessante et toujours efficace pour notre salut, qui nous permet de regarder vers lui justement comme vers le Bon Pasteur. Les paroles "le bon pasteur offre sa vie pour ses brebis" (21) ne se réfèrent-elles pas au Sacrifice de la Croix, à l’acte définitif du sacerdoce du Christ ? Ne nous indiquent-elles pas - à nous tous que le Christ Seigneur, par le sacrement de l’Ordre, a rendus participants de son Sacerdoce - le chemin que nous devons nous aussi parcourir ? Ces paroles ne nous disent-elles pas que notre vocation est une sollicitude singulière pour le salut de notre prochain, que cette sollicitude est une raison d’être particulière de notre vie sacerdotale, qu’elle lui donne précisément son sens, et que par elle seulement nous pouvons retrouver la pleine signification de notre vie, notre perfection, notre sainteté ? Ce thème est repris en divers endroits dans le décret conciliaire Optatam Totius (22).

Ce problème se comprend mieux, cependant, à la lumière des paroles de notre Maître lui-même qui dit : "Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera" (23). Ce sont là des paroles mystérieuses, et elles semblent paradoxales. Mais elles cessent d’être mystérieuses si nous essayons de les mettre en pratique. Le paradoxe disparaît alors, et la profonde simplicité de leur signification se révèle pleinement. Que cette grâce nous soit accordée à tous dans notre vie sacerdotale et dans notre service plein de zèle.

6. "L’art des arts est de guider les âmes" (24)

La sollicitude particulière pour le salut des autres, pour la vérité, pour l’amour et la sainteté de tout le peuple de Dieu, pour l’unité spirituelle de l’Église, qui nous a été confiée par le Christ en même temps que le pouvoir sacerdotal, s’exerce de diverses manières. Il est certain qu’elles sont bien diverses les voies par lesquelles, chers Frères, vous accomplissez votre vocation sacerdotale : les uns dans la pastorale paroissiale ordinaire ; d’autres en terre de mission ; d’autres encore dans le domaine des activités liées à l’enseignement, à l’instruction et à l’éducation de la jeunesse, en travaillant dans des organisations et des milieux divers pour y accompagner le développement de la vie sociale et culturelle ; d’autres auprès de ceux qui souffrent, sont malades ou abandonnés ; et parfois en vous trouvant vous-mêmes "cloués"sur un lit de douleur. Ces voies sont fort diverses, au point qu’il est impossible de les nommer toutes en particulier. Elles sont nécessairement nombreuses et différenciées, parce qu’il y a une variété dans la structure de la vie humaine, des processus sociaux, des traditions historiques et du patrimoine des différentes cultures et civilisations. Néanmoins, dans toute cette variété, vous êtes toujours et par-dessus tout porteurs de votre vocation particulière : vous êtes porteurs de la grâce du Christ, le Prêtre éternel, et du charisme du Bon Pasteur. Cela, vous ne pouvez jamais l’oublier ; vous ne pouvez jamais y renoncer ; vous devez le mettre en œuvre en tout temps, en tout lieu, de toute manière. Voilà en quoi consiste l’"art des arts" auquel Jésus-Christ vous a appelés. "L’art des arts est de guider les âmes", écrivait déjà saint Grégoire le Grand.

Je vous dis par conséquent, en reprenant ses propres termes efforcez-vous d’être des "artistes" de la pastorale. Il y en a eu beaucoup dans l’histoire de l’Église. Faut-il les énumérer ? C’est à chacun de nous que parlent, par exemple, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, saint Alphonse de Liguori, le saint Curé d’Ars, saint Jean Bosco, le bienheureux Maximilien Kolbe, comme tant et tant d’autres. Chacun d’eux était différent des autres, était lui-même, était fils de son temps et "adapté" à son temps. Mais cette "adaptation" de chacun était une réponse originale à l’Évangile, une réponse nécessaire précisément pour cette époque ; elle était la réponse de la sainteté et du zèle. Il n’y a pas d’autre règle hors de celle-là pour "nous adapter", dans notre vie et notre activité sacerdotale, à notre époque et à l’actualité du monde. Sans aucun doute, il n’est pas possible de considérer comme une "adaptation" adéquate les divers projets et tentatives de "laïcisation" de la vie sacerdotale.

7. Dispensateur et témoin

La vie sacerdotale est construite sur le fondement du sacrement de l’Ordre, qui imprime dans notre âme le signe d’un caractère indélébile. Ce signe, imprimé au plus profond de notre être humain, a sa dynamique "personnalisante". La personnalité sacerdotale doit être pour les autres un signe et une indication clairs et limpides. Telle est la première condition de notre service pastoral. Les hommes, parmi lesquels nous sommes choisis et pour lesquels nous sommes établis (25), veulent surtout voir en nous ce signe et cette indication, et ils en ont le droit. Il peut nous sembler parfois qu’ils ne le veulent pas, ou qu’ils désirent que nous soyons en tout "comme eux" ; il peut arriver qu’ils semblent même l’exiger de nous. C’est ici que sont nécessaires un profond "sens de la foi" et "le don de discernement". Il est très facile, en effet, de se laisser guider dans les apparences et de devenir les victimes d’une illusion fondamentale. Ceux qui réclament la laïcisation de la vie sacerdotale et qui applaudissent à ses différentes manifestations nous abandonneront certainement quand nous succomberons à la tentation. Nous cesserons alors d’être nécessaires et populaires. Notre époque est caractérisée par diverses formes de "manipulation" et d’"utilisation" de l’homme, mais nous, nous ne pouvons céder à aucune d’entre elles (26). En définitive, seul s’avérera toujours nécessaire aux hommes le prêtre qui est conscient du sens plénier de son sacerdoce : le prêtre qui croit profondément, qui professe sa foi avec courage, qui prie avec ferveur, qui enseigne avec une profonde conviction, qui sert, qui réalise dans sa vie le programme des Béatitudes, qui sait aimer de manière désintéressée, qui est proche de tous et, en particulier, des plus nécessiteux.

Notre activité pastorale exige que nous soyons proches des hommes et de tous leurs problèmes, aussi bien de leurs problèmes personnels et familiaux que de leurs problèmes sociaux, mais elle exige aussi que nous soyons proches de tous ces problèmes "en prêtres". C’est seulement ainsi qu’au milieu de tous ces problèmes nous restons nous-mêmes. Si donc nous sommes vraiment au service de ces problèmes humains, parfois très difficiles, nous conservons alors notre identité et nous sommes vraiment fidèles à notre vocation. Il nous faut mettre une grande perspicacité à rechercher, avec tous les hommes, la vérité et la justice, dont nous ne pouvons trouver la dimension véritable et définitive que dans l’Évangile, bien plus, dans le Christ, lui-même. Notre tâche est de servir la vérité et la justice dans les dimensions de la "temporalité", humaine, mais toujours dans une perspective qui soit celle du salut éternel. Celui-ci tient compte des conquêtes temporelles de l’esprit humain dans le domaine de la connaissance et de la morale, comme l’a rappelé de façon admirable le Concile Vatican II (27), mais il ne s’identifie pas avec elles et, en réalité, il les dépasse : "Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu.... c’est ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. (28)" Nos frères dans la foi, et aussi les non-croyants, attendent de vous que nous soyons toujours en mesure de leur indiquer cette perspective, que nous en devenions des témoins authentiques, que nous soyons des dispensateurs de la grâce, des serviteurs de la Parole de Dieu. Ils attendent que nous soyons des hommes de prière.

Parmi nous, il y a aussi ceux qui ont uni leur vocation sacerdotale, d’une manière spéciale, à une vie intense de prière et de pénitence, dans la forme strictement contemplative de leurs Ordres religieux. Que ceux-là se rappellent que leur ministère sacerdotal, même sous cette forme, est ordonné - d’une façon particulière - à la grande sollicitude du Bon Pasteur, qui est la sollicitude pour le salut de tout homme ! Nous devons tous nous en souvenir : il n’est permis à aucun d’entre nous de mériter le nom de "mercenaire", c’est-à-dire de celui "à qui les brebis n’appartiennent pas", celui qui, "s’il voit venir le loup, laisse les brebis et s’enfuit, et le loup s’en empare et les disperse. C’est qu’il est mercenaire et ne se soucie pas des brebis" (29). La sollicitude de tout bon pasteur est que les hommes "aient la vie et l’aient en abondance" (30), afin qu’aucun d’eux ne soit perdu (31) mais ait la vie éternelle. Faisons en sorte que cette sollicitude pénètre profondément dans nos âmes : essayons de la vivre. Qu’elle caractérise notre personnalité et qu’elle soit à la base de notre identité sacerdotale.

8. Signification du célibat

Permettez-moi d’aborder ici le problème du célibat sacerdotal. Je le traiterai d’une manière synthétique parce qu’il a déjà été envisagé d’une manière approfondie et complète durant le Concile et, par la suite, dans l’encyclique Sacerdotalis caelibatus, et encore pendant la session ordinaire du Synode des Évêques de 1971. Cette réflexion s’est avérée nécessaire pour présenter le problème d’une façon encore plus réfléchie, et aussi pour motiver plus profondément encore le sens de la décision que l’Église latine a prise il y a tant de siècles et à laquelle elle s’est efforcée de rester fidèle, fidélité qu’elle désire conserver également à l’avenir. L’importance de ce problème est si grave, son lien avec le langage de l’Évangile lui-même est si étroit, que nous ne pouvons pas, dans le cas précis, penser avec des catégories différentes de celles dont se sont servis le Concile, le Synode des Évêques et le grand Pape Paul VI. Nous pouvons seulement chercher à comprendre plus profondément ce problème et à y répondre d’une façon plus réfléchie, nous libérant des diverses objections qui ont toujours - comme encore maintenant - été soulevées contre le célibat sacerdotal, et des diverses interprétations qui s’appuient sur des critères étrangers à l’Évangile, à la Tradition et au Magistère de l’Église, critères, ajouterons-nous, dont l’exactitude et le fondement " anthropologique " se révèlent fort douteux et de valeur toute relative.

Nous ne devons pas trop nous étonner, du reste, de toutes ces objections et critiques, qui se sont intensifiées dans la période postconciliaire mais semblent aller en s’atténuant ici et là aujourd’hui. Jésus-Christ, après avoir présenté aux disciples la question du renoncement au mariage " en vue du Royaume des cieux ", n’a-t-il pas ajouté ces paroles significatives : " Comprenne qui pourra ! " (32) L’Église latine, en se rapportant à l’exemple du Christ Seigneur lui-même, à l’enseignement des Apôtres et à toute la tradition qui lui est propre, a voulu et continue à vouloir que tous ceux qui reçoivent le sacrement de l’Ordre assument ce renoncement " en vue du Royaume des cieux ". Cette tradition, toutefois, va de pair avec le respect des traditions différentes d’autres Églises. Elle constitue en effet une caractéristique, une particularité et un héritage de l’Église catholique latine : celle-ci lui doit beaucoup et est décidée à persévérer dans cette voie malgré toutes les difficultés auxquelles une telle fidélité pourrait l’exposer, malgré aussi les divers symptômes de faiblesse et de crise de certains prêtres. Nous avons tous conscience de porter ce trésor dans des vases d’argile (33) ; mais nous savons bien que c’est un trésor.

Pourquoi un trésor ? Est-ce que nous voulons par là diminuer la valeur du mariage et la vocation à la vie familiale ? Ou est-ce que nous nous laissons aller au mépris manichéen pour le corps et pour ses fonctions ? Est-ce que nous voulons en quelque sorte déprécier l’amour qui conduit l’homme et la femme au mariage et à l’union conjugale des corps pour former ainsi " une seule chair " (34). Comment pourrions-nous penser et raisonner ainsi si nous savons, si nous croyons et proclamons, avec saint Paul, que le mariage est un " grand mystère " en référence au Christ et à l’Église (35) ? Par ailleurs, aucun des motifs allégués parfois pour essayer de nous " convaincre " de l’inopportunité du célibat ne correspond à la vérité que l’Église proclame et qu’elle cherche à réaliser dans la vie par l’engagement que prennent les prêtres avant leur ordination. Le célibat est justement un " don de l’Esprit ". Un don semblable, bien que différent, est contenu dans la vocation à l’amour conjugal véritable et fidèle, orienté vers la procréation selon la chair, dans le contexte si élevé du sacrement de mariage. On sait combien ce don est fondamental pour construire la grande communauté de l’Église, peuple de Dieu. Mais si cette communauté veut répondre pleinement à sa vocation en Jésus-Christ, il faut que se trouve en elle, selon la proportion voulue, cet autre " don ", le don du célibat, " en vue du Royaume des cieux " (37).

Pour quelle raison l’Église catholique latine lie-t-elle ce don non seulement à la vie des personnes qui acceptent le programme austère des conseils évangéliques dans les Instituts religieux mais aussi à la vocation au sacerdoce à la fois hiérarchique et ministériel ? Elle le fait parce que le célibat " en vue du Royaume " n’est pas seulement un signe eschatologique : il a également une grande signification sociale, dans la vie présente, pour le service du peuple de Dieu. Par son célibat, le prêtre devient " l’homme pour les autres ", d’une manière différente de celui qui, en se liant à la femme dans l’union conjugale, devient lui aussi, comme époux et père, " homme pour les autres " surtout dans le cercle de sa propre famille, c’est-à-dire pour son épouse, et avec elle pour ses enfants auxquels il a donné la vie. Le prêtre, en renonçant à cette paternité propre aux époux cherche une autre paternité, et même presque une autre maternité quand on pense aux paroles de l’Apôtre au sujet des enfants qu’il engendre dans la douleur (38). Ce sont là des enfants de son esprit, des hommes confiés par le Bon Pasteur à sa sollicitude. Ces hommes sont nombreux, plus nombreux que ceux que peut embrasser une simple famille humaine. La vocation des prêtres est grande et le Concile enseigne qu’elle est universelle : elle est au service de toute l’Église (39) ; elle est donc aussi missionnaire. Normalement, elle est liée au service d’une communauté déterminée du peuple de Dieu dans laquelle chacun s’attend à recevoir attention, sollicitude, amour. Pour être disponible à un tel service, à une telle sollicitude, à un tel amour, le coeur du prêtre doit être libre. Le célibat est le signe d’une liberté en vue du service. Par ce signe, le sacerdoce hiérarchique, ou " ministériel ", est, selon la tradition de notre Eglise, plus étroitement ordonné au sacerdoce commun des fidèles.

 

9. Épreuve et responsabilité

On peut considérer comme le fruit d’une équivoque - pour ne pas dire de la mauvaise foi - l’opinion assez répandue selon laquelle le célibat sacerdotal dans l’Église catholique serait simplement une institution imposée par la loi à ceux qui reçoivent le sacrement de l’Ordre. Nous savons tous qu’il n’en est pas ainsi. Tout chrétien qui reçoit le sacrement de l’Ordre s’engage au célibat, en pleine conscience et en toute liberté, après une préparation de plusieurs années, une profonde réflexion et une prière assidue. La décision de vivre dans le célibat, il ne la prend qu’après être parvenu à la ferme conviction que le Christ lui concède ce " don " pour le bien de l’Église et pour le service des autres. C’est seulement alors qu’il s’engage à l’observer durant toute sa vie. Il est évident qu’une telle décision oblige non seulement en vertu de la " loi " établie par l’Église, mais aussi en vertu de la responsabilité personnelle. Il s’agit ici d’être fidèle à la Parole donnée au Christ et à l’Église. La fidélité à cette parole est à la fois un devoir et le test de la maturité intérieure du prêtre, elle est l’expression de sa dignité personnelle. Cela se manifeste dans toute sa clarté lorsque la fidélité à la parole donnée au Christ, par un engagement conscient et libre au célibat pour toute la vie, rencontre des difficultés, est mise à l’épreuve, ou bien est exposée à la tentation, toutes choses qui n’épargnent pas le prêtre, pas plus que n’importe quel homme ou n’importe quel chrétien. A ce moment, chacun doit chercher le soutien dans une prière plus fervente. Il doit, grâce à la prière, retrouver en lui-même l’attitude d’humilité et de sincérité à l’égard de Dieu et de sa propre conscience, dans laquelle justement il puise la force de soutenir ce qui vacille. C’est alors que naît en lui une confiance semblable à celle qui faisait dire à saint Paul : " Je puis tout en Celui qui me rend fort (40). " Ces vérités sont confirmées par l’expérience de nombreux prêtres et démontrées par les réalités de la vie. Leur acceptation constitue le fondement de la fidélité à la parole donnée au Christ, qui est en même temps le test de l’authentique fidélité à sa propre conscience, à sa propre humanité et dignité. Il faut penser à tout cela surtout dans les moments de crise, au lieu de recourir à la dispense entendue au sens d’"intervention administrative ", comme si, au contraire, il ne s’agissait pas en réalité d’une profonde question de conscience et d’une preuve de maturité humaine. Dieu a droit à ce que chacun d’entre nous lui donne cette preuve, s’il est vrai que la vie terrestre est pour tout homme un temps de mise à l’épreuve. Mais Dieu veut également que nous sortions vainqueurs de telles épreuves et il nous donne pour cela la force nécessaire.

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l faut peut-être ajouter ici, et non sans raison, que l’engagement de la fidélité conjugale, dérivant du sacrement de mariage, crée à son niveau des obligations analogues et qu’il devient parfois un terrain d’expériences et d’épreuves analogues pour les époux, maris et femmes : ces " épreuves du feu " leur fournissent également le moyen de vérifier la valeur de leur amour. L’amour en effet, dans toute sa dimension, n’est pas seulement un appel, mais encore un devoir. Ajoutons enfin que nos frères et soeurs liés par le mariage ont le droit d’attendre de nous, prêtres et pasteurs, le bon exemple et le témoignage de la fidélité à la vocation jusqu’à la mort, fidélité à la vocation que nous suivons en recevant le sacrement de l’Ordre, comme ils la suivent en recevant le sacrement de mariage. Même dans ce cadre et en ce sens, nous devons comprendre notre sacerdoce ministériel comme une " subordination " au sacerdoce commun de tous les fidèles, des laïcs, spécialement de ceux qui vivent dans le mariage et forment une famille. De cette manière nous servons " à construire le corps du Christ " (41) ; autrement, au lieu de contribuer à son édification, nous en affaiblissons l’organisme spirituel. A cette édification du corps du Christ est étroitement lié l’authentique développement de la personnalité humaine de chaque chrétien - comme d’ailleurs de chaque prêtre qui se réalise à la mesure du don du Christ. La désagrégation de l’organisme spirituel de l’Église ne favorise certainement pas le développement de la personnalité humaine et ne constitue pas une preuve de cette dernière.

 

10. Il est nécessaire de se convertir chaque jour

" Que devons-nous faire ? " (42) : c’est ainsi, semble-t-il, que vous posez la question, chers Frères, comme tant de fois la posaient au Christ Seigneur les disciples et ceux qui les écoutaient. Que doit faire l’Église, quand il semble que les prêtres font défaut, quand leur manque se fait sentir spécialement en certains pays ou en certaines régions du monde ? De quelle façon devons-nous répondre aux immenses besoins d’évangélisation, et comment pouvons-nous rassasier ceux qui ont faim de la Parole et du Corps du Seigneur ? L’Église, qui s’engage à maintenir le célibat des prêtres comme don particulier en vue du Royaume de Dieu, professe la foi et exprime l’espérance envers son Maître, Rédempteur et Époux, et en même temps envers " celui qui est le maître de la moisson " et " le dispensateur du don " (43). En effet, " tout don parfait vient d’en haut et descend du Père des lumières " (44).

Nous ne pouvons pas, en ce qui nous concerne, affaiblir cette foi et cette confiance par notre doute humain, ou notre Pusillanimité. Par conséquent, nous devons tous nous convertir chaque jour. Nous savons que c’est là une exigence fondamentale de l’Évangile adressée à tous les hommes (45), et nous devons d’autant plus la considérer comme adressée à nous. Si nous avons le devoir d’aider les autres à se convertir, nous devons agir de même et continuellement en ce qui concerne notre propre vie. Nous convertir signifie retourner à la grâce même de notre vocation, méditer l’infinie bonté et l’amour infini du Christ qui s’est adressé à chacun d’entre nous en nous appelant par notre nom : Suis-moi ". Nous convertir veut dire " rendre compte " de notre service, de notre zèle, de notre fidélité, devant le Seigneur de nos cœurs, parce que nous sommes " serviteurs du Christ et intendants des mystères de Dieu " (46). Nous convertir, cela veut dire " rendre compte " aussi de nos négligences et péchés, de notre pusillanimité, de notre manque de foi et d’espérance, de notre façon de penser seulement " de manière humaine " et non pas " à la manière de Dieu ". Souvenons-nous à ce sujet de l’avertissement que le Christ donna à saint Pierre lui-même (47). Nous convertir signifie, pour nous, chercher à nouveau le pardon et la force de Dieu dans le sacrement de la réconciliation et ainsi recommencer toujours et progresser chaque jour, nous maîtriser, réaliser des conquêtes spirituelles, donner joyeusement, parce que " Dieu aime celui qui aime avec joie " (48).

Nous convertir veut dire " toujours prier sans jamais se lasser " (49). La prière est d’une certaine manière la condition première et ultime de la conversion, du progrès spirituel, de la sainteté. Ces dernières années - au moins en certains milieux - on a peut-être trop discuté sur le sacerdoce, sur " l’identité " du prêtre, sur la valeur de sa présence dans le monde contemporain, et peut-être, par contre, a-t-on trop peu prié. Il n’y a pas eu assez d’élan pour réaliser le sacerdoce lui-même grâce à la prière, pour rendre efficace son authentique dynamisme évangélique, pour fortifier l’identité sacerdotale. C’est la prière qui définit le style essentiel du sacerdoce ; sans elle, ce style se déforme. La prière nous aide à retrouver toujours la lumière qui nous a conduits dès le commencement de notre vie sacerdotale, et qui nous conduit continuellement, même si parfois elle semble se perdre dans l’obscurité. La prière nous permet de nous convertir sans cesse, de demeurer toujours tendus vers Dieu, ce qui est indispensable si nous voulons conduire les autres vers Lui. La prière nous aide à croire, à espérer et à aimer, même quand notre faiblesse humaine y fait obstacle.

En outre, la prière nous permet de redécouvrir sans cesse les dimensions de ce Royaume pour la venue duquel nous prions quotidiennement, en répétant les paroles que le Christ nous a enseignées. Nous percevons alors quelle est notre place dans la réalisation de cette demande : " Que ton Règne vienne ", et nous voyons combien nous sommes nécessaires pour qu’une telle demande se réalise. Et peut-être, lorsque nous prions, apercevrons-nous plus facilement ces " champs qui sont déjà blancs pour la moisson " (50), et comprendrons-nous le sens des paroles que le Christ prononça en les voyant : " Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson (51). "

Nous devons joindre la prière à un continuel travail sur nous-mêmes : c’est la formation permanente. Comme le rappelle justement le document publié à ce sujet par la S. Congrégation pour le Clergé (52), une telle formation doit être aussi bien intérieure, c’est dire visant à l’approfondissement de la vie spirituelle du prêtre, que pastorale et intellectuelle (philosophique et théologique). Si donc notre activité pastorale, l’annonce de la Parole et l’ensemble du ministère sacerdotal dépendent de l’intensité de notre vie intérieure, celle-ci doit également trouver son soutien dans une étude assidue. Il ne suffit pas d’en rester à ce que nous avons appris au séminaire, même s’il s’agit d’études accomplies au niveau universitaire, vers lesquelles la S. Congrégation pour l’Éducation Catholique oriente résolument. Ce processus de formation intellectuelle doit se prolonger durant toute la vie, spécialement à l’époque actuelle, caractérisée - en beaucoup de régions du moins - par un développement général de l’instruction publique et de la culture. Devant les hommes qui bénéficient de ce développement, nous devons être des témoins de Jésus-Christ, adéquatement qualifiés. Comme maîtres de la vérité et de la morale, nous devons leur rendre compte, de manière convaincante et efficace, de l’espérance qui nous vivifie (53). Cela fait aussi partie du processus de la conversion quotidienne à l’amour, grâce à la vérité.

Chers frères, vous qui " supportez le poids du jour et la chaleur " (54), vous qui avez mis la main à la charrue et qui ne regardez pas en arrière (55), et vous, peut-être plus encore, qui doutez du sens de votre vocation ou de la valeur de votre service : pensez a ces lieux où les hommes attendent avec angoisse un prêtre, où, depuis des années, ressentant son absence, ils ne cessent de souhaiter sa présence. Il arrive parfois qu’ils se réunissent dans un sanctuaire abandonné et qu’ils mettent sur l’autel l’étole encore conservée et récitent toutes les prières de la liturgie eucharistique ; et voici qu’au moment qui correspondrait à la transsubstantiation, descend parmi eux un profond silence, parfois peut-être interrompu par un sanglot... tant ils désirent ardemment entendre les paroles que seules les lèvres d’un prêtre peuvent prononcer efficacement ! Ils désirent si vivement la communion eucharistique, à laquelle ils ne peuvent participer que par l’intermédiaire du ministère sacerdotal, et ils attendent de même avec tant d’anxiété de pouvoir entendre les paroles divines du pardon : Ego te absolvo a peccatis tuis ! ils ressentent si profondément l’absence d’un prêtre au milieu d’eux !... De tels lieux ne manquent pas dans le monde. Si donc quelqu’un parmi vous doute du sens de son sacerdoce, s’il pense que celui-ci est " socialement "infructueux ou inutile, qu’il réfléchisse sur tout cela !

Il faut nous convertir chaque jour, redécouvrir chaque jour le don obtenu du Christ lui-même dans le sacrement de l’Ordre, en approfondissant l’importance de la mission salvifique de l’Église et en réfléchissant sur la signification élevée de notre vocation à la lumière de cette mission.

 

11. Mère des prêtres

Chers frères, au début de mon ministère, je vous confie tous à la Mère du Christ, qui est d’une manière particulière notre Mère : la Mère des prêtres. En effet, le disciple préféré, l’un des Douze, qui avait reçu au Cénacle cette parole : " Faites ceci en mémoire de moi " (56), le Christ le désigna du haut de la croix à sa Mère par ces paroles : " Voici ton fils " (57). Par ces paroles du Rédempteur agonisant, l’homme qui avait reçu, le Jeudi Saint, le pouvoir de célébrer l’Eucharistie fut donné comme " fils " à sa Mère. Nous tous, par conséquent, qui recevons le même pouvoir par l’ordination sacerdotale, nous avons les premiers, en un certain sens, le droit de voir en elle notre Mère. Je désire donc que vous tous, avec moi, vous retrouviez en Marie la Mère du sacerdoce que nous avons reçu du Christ. Je désire en outre que vous lui confiiez de façon Particulière votre sacerdoce. Permettez que je le fasse moi-même, en confiant à la Mère du Christ chacun de vous - sans aucune exception - de manière solennelle, et en même temps en toute simplicité et humilité. Je prie néanmoins chacun d’entre vous, chers frères, de le faire lui-même, personnellement, comme le lui dictent son propre cœur, surtout son amour personnel envers le Christ-Prêtre, et aussi sa propre faiblesse, qui va de pair avec le désir de servir et de marcher vers la sainteté. Je vous en prie.

L’Église d’aujourd’hui s’exprime sur elle-même surtout dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium. Là aussi, dans le dernier chapitre, elle reconnaît qu’elle porte ses regards vers Marie comme vers la Mère du Christ, parce qu’elle-même se nomme mère et qu’elle désire être mère en engendrant pour Dieu les hommes à une vie nouvelle(58). Oh ! chers Frères, comme vous êtes liés vous-mêmes à cette cause de Dieu ! Combien cette cause est gravée dans votre vocation, votre ministère et votre mission ! En conséquence, au milieu du peuple de Dieu qui regarde Marie avec tant d’amour et d’espoir, vous devez la regarder avec une espérance et un amour exceptionnels. En effet, vous devez annoncer le Christ qui est son fils. Et qui mieux que sa Mère vous transmettra la vérité sur lui ? Vous devez nourrir du Christ le coeur des hommes. Et qui pourra vous rendre plus conscients de ce que vous faites, sinon celle qui l’a nourri ? " Nous te saluons, ô corps véritable (du Christ), né de la Vierge Marie. " Il y a dans notre sacerdoce ministériel la dimension merveilleuse et très profonde de notre proximité avec la Mère du Christ. Efforçons-nous donc de vivre dans cette dimension. S’il est permis de se référer ici à sa propre expérience, je vous dirai qu’en vous écrivant je me reporte surtout à mon expérience personnelle.

En vous faisant part de toutes ces réflexions en ces premiers temps de mon service de l’Église universelle, je ne cesse de prie, Dieu de vous combler, vous qui êtes prêtres de Jésus-Christ, de toute bénédiction et de toute grâce, et moi, en gage et en témoignage de cette communion dans la prière, je vous bénis de tout cœur au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Recevez cette bénédiction. Accueillez les paroles du nouveau Successeur de Pierre, de ce Pierre auquel le Seigneur ordonna : " Toi donc, lorsque tu seras revenu, affermis tes frères(59). " Priez salis cesse pour moi avec toute l’Église, afin que je réponde à cette exigence du primat d’amour que le Seigneur a posé comme fondement de la mission de Pierre quand il lui a dit : " Pais mes brebis (60). " Ainsi soit-il !

Du Vatican, le 8 avril 1979, dimanche des Rameaux et de la Passion, en la première année de mon pontificat.

IOANNES PAULUS II

 


NOTES

(1) Cf. Mt 20, 12.

(2) Cf. Jn 21, 15-17.

(3) " Vobis enim sum episcopus, vobiscum Christianus " (Serm. 340, 1 : PL 38, 1483).

(4) Cf. I, art. 15.

(5) Ep. ad Magnesios, VI, 1 : Patres Apostolici I, éd. Funk, p. 235.

(6) Cf. Rm 5, 5 ; 1 Co 12, 31 ; 13.

(7) He 5, 1.

(8) Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10.

(9) He 5, 1.

(10) Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10.

(12) Cf. 1 P 2, 5.

(13) Cf. 1 P 3, 18.

(14) Cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium. 10.

(15) Cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10.

(16) Cf. Mt 19, 27

(17) Cf. Mt 20, 1-16.

(18) Cf. Jn 10, 1-16.

(20) Constitution dogmatique Lumen Gentium, 10.

(21) Jn 10, 11.

(22) Cf. 8-11 19-20.

(23) Mc 8, 35.

(24) Saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis, 1, 1 : PL 77, 14.

(25) Cf. He 5, 1.

(26) " N’allons pas croire que nous servons l’évangile si nous essayons de "diluer" notre charisme sacerdotal dans un intérêt exagéré pour le vaste domaine des problèmes temporels, si nous voulons "laïciser" notre façon de vivre et de nous comporter, si nous supprimons aussi les signes extérieurs de notre vocation sacerdotale. Nous devons conserver le sens de notre vocation singulière, et cette "singularité" doit s’exprimer également dans notre vêtement extérieur. N’en ayons pas honte. Nous sommes dans le monde, oui, mais nous ne sommes pas du monde " (Jean Paul II, Discours au clergé de Rome, 9 novembre 1978, n. 3 ; L’Osservatore Romano, 10 novembre 1978, p. 2).

(27) Cf. Constitution pastorale Gaudium et Spes, 38-39. 42.

(28) 1 Co 2, 9.

(29) Jn Io, 12-13.

(30) Jn 10, 10.

(31) Cf. Jn 17, 12.

(32) Mt 19, 12.

(33) Cf 2 Co 4, 7.

(34) Gn 2, 24 ; Mt 19, 6.

(35) Cf. Ep 5, 32.

(36) cf. 1 Co 7, 7.

(37) Mt 19, 12.

(38) Cf. 1 Co 4, 15 ; Ga 4, 19.

(39) Cf. Décret Presbyterorum ordinis, 3. 6. 10. 12.

(40) Ph 4, 13.

(41) Ep 4, 12.

(42) Lc 3, 10.

(43) Mt 9, 38 ; cf. 1 Co 7, 7.

(44) Jn 1, 17.

(45) Cf. Mt 4, 17 ; Mc 1, 15.

(46) 1 Co 4, 1.

(47) Cf. Mt 16, 23.

(48) 2 Co 9, 7.

(49) Lc 18, 1.

(51) Jn 4, 35. Mt 9, 38.

(52) Cf. Lettre circulaire du 4 novembre 1969 : AAS 62, 1970, pp. 123 ss.

(53) Cf. 1 P 3, 15.

(54) Mt  20, 12.

(55) Cf. Lc 9, 62.

(56) Lc 22, 19

(57) Jn 19, 26.

(58) Cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium, chap. VIII.

(59) Lc 22, 32.

(60) Jn 21, 16.

 

© Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana

 

Le Célibat pour le Royaume des Cieux

Le Célibat pour le Royaume des Cieux

Publié par Incarnare le mercredi 26/08/2009 - 14:56

Jusqu'ici, la question centrale de nos articles était : qu'est-ce qu'être humain ? Avec cet article, nous entrons avec Jean-Paul II dans l'évocation d'une seconde question : Comment vivre ma vie en accord avec la vérité de mon humanité ?

Il est intéressant de noter que c'est dans la même discussion, en réponse aux pharisiens, que le Christ rétablit le plan de Dieu pour le mariage et qu'il présente le Célibat pour le Royaume des Cieux1 C'est pourquoi Jean-Paul II écrit2 :

 La Révélation chrétienne connaît deux façons spécifiques de réaliser la vocation à l'amour de la personne humaine, dans son intégrité: le mariage et la virginité. L'une comme l'autre, dans leur forme propre, sont une concrétisation de la vérité la plus profonde de l'homme, de son «être à l'image de Dieu».

Le célibat consacré fait l'objet de 14 catéchèses entre le 10 mars et le 21 juillet 1982. Le Pape a de bonnes raisons de présenter la vocation au célibat avant la vocation au mariage : ce n'est que la compréhension du sens du célibat consacré qui permet d'appréhender la sacramentalité du mariage. Le célibat consacré consiste en une participation immédiate (ne serait-ce que par anticipation) de la réalité signifiée sacramentellement par le mariage.

Rappelons-nous les paroles de Jean-Paul II : le mariage ne "correspond pas parfaitement au sens fondamental et originel de la corporéité et de la sexualité. Le mariage et la procréation permettent seulement de manifester ce sens de manière tangible dans l'histoire"3. (ie. pour l'homme historique) Dans ce sens, ceux qui vivent le célibat "pour le Royaume des Cieux" sortent de l'histoire : ils proclament que le "royaume de Dieu est parmi nous".

 

A cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu'il comprenne !

Le célibat est donc une orientation radicale vers l'état eschatologique où les êtres humains "ne prendront plus mari ni femme." Cependant, le fait que Jésus évoque le célibat dans le contexte de son dialogue avec les pharisiens (sur le mariage) plutôt que dans celui avec les sadducéens (sur la resurrection) a un sens.

Quand le Christ affirme l'indissolubilité du mariage, ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l'homme par rapport à sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier. »4 Au lieu de répondre à leur argument, le Christ fait alors une autre déclaration, encore plus radicale5:

 Ce n'est pas tout le monde qui peut comprendre cette parole, mais ceux à qui Dieu l'a révélée. Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne ! »

Le Christ sait que ce qu'il dit va être dur à entendre pour ses auditeurs, qui participent d'une culture juive où le mariage est privilégié (et quasi universel) par la bénédiction de fécondité dans la genèse puis par celle d'Abraham. Le Pape le résume ainsi : c'est comme s'il voulait dire : "Je sais que ce que je vais vous dire va causer un grand trouble dans votre conscience et dans votre compréhension du corps ; je vais vous parle en effet de continence, que vous associez instinctivement à un état de déficience physique innée ou acquise. Je veux vous dire qu'au contraire la continence peut être librement choisie par l'homme 'pour le royaume des cieux' "6

Si le Christ amorce un virage théologique radical, il n'exprime par un commandement valable pour tous, mais un conseil qui ne concerne que quelques-uns. Ainsi, le Saint-Père dit que la continence est une exception à la règle générale qu'est le mariage7

Une communion virginale volontaire et surnaturelle

Le Pape souligne que le célibat est un choix personnel soutenu par une grâce particulière. Il est donc volontaire et surnaturel. Etant un choix personnel, il ne peut être imposé à quiconque8. De l'autre côté, même s'il est librement choisi, s'il ne l'est pas "pour le Royaume"9, alors il ne s'agit pas du célibat chrétien dont parle le Christ.

Le célibat chrétien est au coeur de cette tension du "déjà, mais pas encore". En effet, le Saint-Père souligne qu'il n'est pas question de célibat dans le royaume des cieux, mais pour le royaume des cieux10. C'est une anticipation de la vie eschatologique à venir. En tant que vocation terrestre, il diffère du "corps glorieux" de la résurrection car, le mariage étant dans ce monde la voie normale et noble, le célibat implique un renoncementet une effort spirituel particulier. 
Cependant, cela ne signifie pas que l'état virginal du monde à venir soit marqué par une absence de réelle communion de personnes : la virginité et la communion ne s'opposent pas mais s'accomplissent l'une dans l'autre. Ainsi le célibataire consacré, s'il renonce à l'expression génitale de la communion incarnée, ne renonce pas à la vocation humaine de la communion des personnes.

Celui qui choisit le Célibat pour le Royaume des Cieux choisit de participer dès aujourd'hui aux "noces de l'Agneau". Le terme de célibat a pour nous une connotation négative qui rappelle plus ce à quoi le célibataire renonce que ce qu'il gagne - le mariage céleste11. Cette vocation est incompréhensible pour qui partage la culture juive, sauf à suivre l'exemple... du Christ lui-même.

Zoom...

Le mariage virginal de Joseph et Marie

Le mariage de Joseph et Marie contient à la fois le mystère de la communion des personnes et le mystère de la continence pour le royaume. Dans l'alliance de Marie et Joseph dans le mariage et la continence s'opère, par la fécondité de l'Esprit, l'Incarnation du Verbe12

Joseph, loin d'être un faire-valoir pour donner une légitimité à Marie, joue par son "oui" virginal un rôle important dans le mystère de l'Incarnation, même s'il diffère de celui de Marie. Le Pape développe13: "Au moment sa propre annonciation, Joseph ne dit rien, il se contente de faire ce que l'ange du Seigneur lui avait commandé14. Ce consentement dans l'action, typiquement masculin, peut être considéré comme l'homologue conjugal du 'qu'il en soit fait selon ta parole' de Marie." La paternité de Joseph n'est pas moins réelle à cause de sa virginité. 

L'incompréhension du monde

Le monde (et un certain nombre de catholiques) peine à comprendre cette vocation... Ils se disent : "comment un catho peut-il se désinteresser du mariage ? après tout, c'est pour lui l'unique moyen d'avoir une vie sexuelle légitime, non ? comment quelqu'un sain d'esprit peut-il préférer une vie sans sexe ? "

Ce questionnement résulte d'une vision avec des oeillères causée par la normalisation de la concupiscence. 

En effet, quand elle est vécue de manière authentique, la vocation à la continence pour le royaume est un témoignage percutant de la liberté pour laquelle le Christ nous a rachetés. Bien sûr, un mariage chaste témoigne de la même liberté. Les oeillères consistent à croire que le mariage est le lieu d'expression légitime de la concupiscence.

Quiconque a une vision juste du mariage chrétien comprend également de manière juste le célibat chrétien. Jean-Paul II affirme que derrière l'appel à la continence (Mt 19) et l'appel à dépasser la convoitise (Mt 5) se trouve la même anthropologie et le même ethos.15

Zoom...

La différence entre mariage et célibat ne se situe pas dans l'existence d'un lieu de légitimation de la concupiscence : le Christ nous appelle tous à vaincre la concupiscence et à vivre une liberté nouvelle. Sans l'expérience de cette liberté nouvelle, le célibat semble horriblement répressif et le mariage complètement permissif. Qu'on est loin de l'Évangile !

La "supériorité" du célibat

Au cours de l'histoire, des distorsions dans l'enseignement de l'Église ont laissé entendre que le célibat serait un appel "supérieur" au mariage. Ces distorsions sont dues notamment à une mauvaise interprétation de 1Co 7,916. Une bonne interprétation se trouve, on l'a vu, dans la notion de remedium concupiscentiae.

Certains en ont déduit que le mariage était une vocation de seconde zone pour ceux qui ne "peuvent encaisser" le célibat. Un raisonnement sous-jacent est le suivant : "si le célibat est si bon, alors le mariage doit être mauvais" ou "si s'abstenir de relation sexuelle est si bon, alors la relation sexuelle doit vraiment être sale". On est en pleine hérésie manichéenne. Rien ne pourrait être plus éloigné de la pensée de l'Église lorsqu'elle promeut la valeur du célibat.

La seule cause de supériorité du célibat est son orientation "pour le Royaume des Cieux"17. En ce sens, le célibat n'est pas un sacrement du ciel sur la terre, comme le mariage, mais il est le ciel sur terre (au moins par anticipation). Le mariage annonce que le Royaume des Cieux va venir ; le célibat annonce qu'il est déjà là. L'unique supériorité du célibat est qu'il se passe du signe dans la foi en la réalité effective du signifié. C'est le "heureux qui croit sans avoir vu"18 adressé à Thomas.

Solitude et communion dans le célibat

Puisque le mariage est une bonne institution, y renoncer demande un sacrifice. En appelant les hommes et les femmes à renoncer à mariage, le Christ ne leur cache pas les souffrances19 qui peuvent accompagner la continence. D'une certaine manière, ceux qui choisissent le célibat choisissent de demeurer dans la solitude originelle, dans cette contemplation de l'abîme intérieur comme appel à entrer en relation, cette souffrance qui fait dire à Dieu lui-même "Il n'est pas bon que l'homme soit seul"20. C'est choisir une solitude pour Dieu.

La personne continente reste ainsi sexuée (c'est-à-dire duale, poussée vers l'altérité), d'une manière différente de la personne mariée : non pas dans l'union en une chair mais plus vers l'intersubjectivité de tous.

Mariage et célibat se complètent et s'expliquent mutuellement

Le Concile Vatican II a réaffirmé que tous étaient appelés à la sainteté. Avant cela, beaucoup de catholiques pensaient que seuls les consacrés étaient appelés à la sainteté. Puisqu'on disait traditionnellement que ceux qui choisissaient vivre les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) avaient choisi l'état de perfection, on en déduisait à tort que les autres vivaient l'état d'imperfection.

Jean-Paul II rétorque que "le célibat et le mariage ne divisent pas l'humanité en deux camps [....] la perfection de la vie chrétienne se mesure plutôt par la mesure de l'amour"21 Il ajoute que puisque la vocation dans le mariage mène à la maternité et la paternité, la vocation au célibat doit, dans son développement normal, mener à une certaine forme de paternité ou de maternité spirituelle. 

Tout homme, en vertu de la signification de son corps, est appelé à devenir mari et père. 
Toute femme, en vertu de la signification de son corps, est appelée à devenir épouse et mère.

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Certain(e)s vivent le célibat non choisi. Cela ne signifie pas que leur vie spirituelle et charnelle soit suspendue : ils et elles peuvent vivrent une vie féconde en servant leurs frères en gardant l'espoir de trouver un conjoint ou de discerner un appel au célibat. Dans la mesure où ils vivent le don d'eux-même, dans la prière, le travail, les loisirs, le service de leurs amis, familles, voisins ou des pauvres, ils vivent authentiquement la signification conjugale de leur corps.

Précisément parce que le célibat consacré n'est pas un sacrement, il montre en quoi le mariage est sacrement. Il montre que le mariage n'est pas une fin en soi mais pointe vers cette réalité eschatalogique des noces de l'Agneau. Il souligne donc la beauté du mariage. Il empêche également que le mariage soit idolâtré et est ainsi un remède au culte du corps auquel se livre le monde.

Le célibat révèle au monde la profondeur de l'amour de Dieu

Prendre sa croix et suivre le Christ au prix du renoncement au mariage et à la fondation de sa propre famille est un grand sacrifice. Si le Christ propose de sacrifier un bien si grand, c'est pour donner au centuple. Pour se donner complètement à l'homme. Ce choix est pour le monde un grand signe. 

Nous vivons dans cette tension du "déjà, mais pas encore" pour ce qui concerne la venue du Royaume. Dans ce sens on peut dire que le célibat insiste sur le déjà tandis que le mariage insiste sur le pas encore.

 

La relation entre mariage et célibat selon Paul

Revenons sur ce passage de 1Co 7 dont nous avons montré que l'interprétation commune est erronée. Le Pape y consacre quatre catéchèses (TDC 82-85). Il nous invite d'abord à considérer que Paul écrit sans doute en réponse à des questions22, probablement posées par des parents (à qui appartenait dans la société de l'époque le droit de marier ou non leurs enfants) de Corinthe (ville marquée par un ascétisme particulier dont l'origine se trouve dans les courants de pensée dualistes qui dévaluent le corps).

Paul propose une opinon en prenant bien soin de distinguer les paroles du Seigneur de ses propres interprétations. Il faut donc prendre soin de les lire à la lumière de la vie et des paroles du Christ.

Jean-Paul II, s'appuyant sur les écrits de l'apôtre, va jusqu'à se demander si Paul n'a pas une aversion pour le mariage. Il dit en effet "je voudrais que tous soient [célibataires] comme moi". Toutefois, il reconnaît que si l'on lit le texte dans son ensemble, on ne trouve pas les traits constitutifs de ce que sera le manichéisme. 
Paul, tout en reconnaissant que le mariage n'est pas mauvais contre l'opinion majoritaire à Corinthe, veut donc manifestement en épargner aux fidèles "les épreuves"
23 Cette observation réaliste semble être une réponse à certains qui auraient une vision un peu trop idéalisée. 
Paul adopte un critère de discernement très personnaliste : chacun a reçu de Dieu un don qui lui est personnel : l'un celui-ci, l'autre celui-là
24 Le don de l'Esprit qui a fait son temple de notre corps s'exprime pareillement dans les deux vocations, pourvu que nous y restions fidèles.

Enfin, Paul ne peut justifier ici une vision du mariage comme lieu d'expression légitime de la concupiscence, qui serait en contradiction totale avec l'appel en Ep 5 : maris, aimez vos femmes comme le Christ aime l'Église. Le mariage est le remède et non le lieu d'expression légitime de la concupiscence.

Le célibat, meilleur ? 

En plus des éléments de réponse déjà fournis, un autre élément pousse Saint Paul a préférer le célibat au mariage : l'homme marié a le souci de cette vie tandis que l'homme non marié a le souci des affaires du Seigneur25. Le célibataire a choisi, selon les mots du Christ, la meilleure part, la seule chose nécessaire26

Jean-Paul II rappelle encore que dans le mariage comme dans le célibat, tous sont appelés à la sainteté. Considérer la sainteté comme quelque chose que nous produisons nous amène à considérer le meilleur moyen de production, la meilleure vocation. Cette vision est fausse : le sainteté est avant tout un don de Dieu, qui s'exerce également dans les différentes vocations.

Enfin, Saint-Paul considère - avec raison - que le mariage est une institution appelée à disparaître (dans les Cieux, car elle aura perdu sa raison d'être) et considère qu'il ne faut pas montrer trop d'attachement aux choses périssables. L'homme et la femme mariée ne doivent ainsi pas se laisser trop lier par les soucis du monde C'est ce qu'il veut dire en écrivant : que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme27.

Les "devoirs" des époux

L'aspect "contractuel" du mariage et les devoirs des époux ont été à une époque mis en avant de façon bien trop disproportionnée. En disant "Ne vous refusez pas l'un à l'autre, sinon temporairement et en plein accord, pour prendre le temps de prier et vous retrouver ensuite ; autrement vous ne sauriez pas vous maîtriser, et Satan vous tenterait", Saint-Paul offre, nous dit le Pape, une intuition pratique et personnaliste sur la vie sexuelle conjugale. Des périodes d'abstinence choisie, relativement courtes, nous aident à respecter le temps propre à chaque personne, la subjectivité et la riche différence entre les sexes. Confiées à Dieu, ces périodes sont ainsi un remède contre la concupiscence, et permettent de toucher plus encore au coeur du mariage.

·       1.Mt 19,12

·       2.Familiaris Consortio, 11

·       3.TDC 69,4

·       4.Mt 19,10

·       5.Mt 19,11-12

·       6.TDC 74,4

·       7.TDC 73,4

·       8.cf CEC 1599

·       9.ce qui est le cas si il est choisi par peur de l'intimité conjugale ou par rejet de la sexualité

·       10.TDC 73,1

·       11.Précisons que l'étymologie de célibat vient du latin caelebs proche - fortuitement ou providentiellement - de caelis, caelestis qui signifient ciel, céleste.

·       12.TDC 75,3

·       13.Redemptoris Custos, 17

·       14.Mt 1,24

·       15.TDC 77,4

·       16.1Co 7,9Mais s'ils ne peuvent pas se maîtriser, qu'ils se marient, car mieux vaut se marier que brûler de désir.

·       17.TDC 77,6

·       18.Jn 20,29

·       19.le Pape dit "le travail", au sens des souffrances du travail précédant l'accouchement.

·       20.Gn 2,18

·       21.TDC 78,2-3

·       22.1Co 7,1Au sujet de ce que vous dites dans votre lettre

·       23.1Co 7, 28 : Si cependant tu te maries, ce n'est pas un péché ; et si une jeune fille se marie, ce n'est pas un péché. Mais ceux qui choisissent cette vie y trouveront des épreuves, et c'est cela que moi, je voudrais vous éviter

·       24.1Co 7,7

·       25.1Co 7,32

·       26.cf. l'épisode de Marthe et Marie en Lc 10,41-42

·       27.1Co 7,29

 

LE SENS DU CELIBAT DES PRETRES

L’attachement de l’Église latine à la règle du célibat sacerdotal est bien souvent mal compris. Pourquoi l’Église maintient-elle cette discipline ? Quel en est son fondement ? Comment des jeunes peuvent-ils aujourd’hui s’y préparer ? Voici, puisés dans le Magistère et la pratique de l’Église, quelques éléments de réponse.

 

LE CELIBAT : UNE LOI ECCLESIASTIQUE A REMETTRE EN CAUSE ?

L’affirmation que la pratique du célibat « n’est pas exigée par la nature du sacerdoce » (Concile Vatican II, décret Presbyterorum Ordinis n°16) a souvent été utilisée pour ne faire du célibat qu’une question purement disciplinaire. Le célibat ne serait qu’une contrainte imposée aux prêtres par l’Église latine, contrainte de plus en plus incompréhensible au vu de la mentalité actuelle et du manque de prêtres pour célébrer l’Eucharistie. Cette façon de présenter les choses, relayée par les médias, ne rend pas compte des vraies motivations de l’Église quand elle parle des « multiples convenances » du célibat avec le sacerdoce.

I

Le vrai fondement du célibat sacerdotal

Mettre en valeur l’argument de la totale disponibilité à la mission comme motif du célibat fait naître rapidement des objections. Des gens mariés pourront être très disponibles et des prêtres célibataires fort peu tant ils seront préoccupés d’eux-mêmes. Le vrai fondement du célibat est ailleurs.

Il est dans la consécration de toute une vie au Christ. En effet, le prêtre annonce la Bonne Nouvelle du Royaume comme quelqu’un qui ne craint pas de sacrifier les joies du mariage et de la famille dans le but de témoigner de sa foi dans les réalités qu’on ne voit pas. Saisi par le Christ, le prêtre devient « l’homme pour les autres », tout disponible au Royaume, sans cœur partagé, capable d’accueillir la paternité dans le Christ. Le célibat n’est nullement en marge de la vie du prêtre ; il témoigne d’un Amour modelé sur l’Amour du Christ lui-même pour son Père et notre Père, son Église et notre Église et tous les hommes. Cette manière d’aimer dans et par le célibat est le langage du don de soi. Son parfait symbole est pour toujours la Croix du

Christ. Comme pour le Christ, le renoncement n’est pas premier dans le célibat. Le célibat est l’expression, le signe, la conséquence du désir de se donner. Finalement, le motif véritable et profond du célibat consacré est « le choix d’une relation personnelle plus intime et plus complète au mystère du Christ et de l’Église, pour le bien de l’humanité tout entière » (Paul VI, encyclique Sacerdotalis coelibatus, n°54).

 

Le celibat : un charisme a choisir librement

C’est une des grandes richesses du Concile Vatican II et de la réflexion des derniers papes de ne pas présenter le célibat seulement comme une loi, mais d’abord comme un don, un charisme profondément lié à la grâce de l’appel et de l’ordination : « Parmi les conseils évangéliques, il y a en première place ce don précieux de grâce fait par le Père à certains (cf. Mt 19, 11 ; 1 Co 7,7) de se consacrer plus facilement et avec un coeur sans partage à Dieu seul dans le célibat. Cette continence parfaite à cause du royaume de Dieu a toujours été l’objet, de la part de l’Église, d’un honneur spécial, comme signe et stimulant de la charité pastorale, et comme une source particulière de fécondité spirituelle dans le monde » (Jean-Paul II, exhortation Pastores dabo vobis n°29).

Ce don de la vocation à la chasteté dans le célibat exige par conséquent une préparation adéquate : les séminaristes sont invités progressivement à recevoir un tel don pour en vivre fidèlement toute leur vie comme prêtre. Étant donné que le célibat engage tout l’être, c’est toute la personne avec ses différentes composantes qui doit être prise en compte dans cette formation au célibat. Ainsi, le célibat nécessite aussi bien une formation humaine et psychologique que spirituelle et théologique.

LE PAPE FRANÇOIS SUR LE CÉLIBAT

L’Église doit être attirante. Réveillez le monde ! Soyez témoins d’une autre façon de faire, d’agir, de vivre !

Il est possible de vivre autrement dans ce monde. On parle d’un regard eschatologique, des valeurs du Royaume incarnées ici, sur cette terre. Il s’agit de tout laisser pour suivre le Seigneur.

(Pape François aux supérieurs généraux, 2013)

 

Pourquoi les prêtres ne sont-ils pas mariés?

   

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Tout le monde ne se marie pas. Jésus l'a fait remarquer : "Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne !" (Matthieu 19).

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Dans les communautés religieuses, des hommes et des femmes choisissent de vivre la chasteté dans le célibat, la pauvreté et l'obéissance pour consacrer toute leur vie à la prière et au service des autres.

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Les prêtres diocésains (non religieux) ne prononcent aucun voeu. Le célibat est pour eux une discipline une "simple" promesse. Il s'agit là d'une disposition proposée par l'Eglise catholique romaine qui demande à tous les ministres ordonnés (sauf les diacres permanents déjà mariés avant leur ordination) de demeurer célibataires. Cette règle pourrait tout à fait être remise en cause. Outre des raisons d'ordre matériel (héritage, etc...), le célibat ecclésiastique s'explique pour des raisons spirituelles.

Saint Paul encourageait le célibat pour réserver du temps à la prière. Après l'époque des martyrs, le monachisme s'est développé dans l’Église comme signe d'absolu et de consécration. Les moines, souvent ermites, étaient de fait... célibataires. Peu à peu, cette pratique s'est imposée. On trouve dans les textes du concile d'Elvire au IVe siècle des mentions ordonnant le célibat pour les ministres ordonnés. La pratique n'était cependant pas générale. C'est le concile de Latran I au XIIe siècle qui rendit la discipline obligatoire pour toute l'Eglise. Au moment de la Réforme catholique au XVIe siècle, le concile de Trente réaffirma l'obligation de célibat pour les ministres ordonnés.

Certaines Eglises orientales, unies à Rome, ne suivent pas cette exigence. Des hommes mariés sont ainsi ordonnés prêtres dans l'Eglise maronite par exemple.

Le concile Vatican II dans le décret Presbyterorum Ordinis au numéro 16

La pratique de la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux a été recommandée par le Christ Seigneur  ; tout au long des siècles, et de nos jours encore, bien des fidèles l’ont acceptée joyeusement et pratiquée sans reproche. Pour la vie sacerdotale particulièrement, l’Église l’a tenue en haute estime. Elle est à la fois signe et stimulant de la charité pastorale, elle est une source particulière de fécondité spirituelle dans le monde . Certes, elle n’est pas exigée par la nature du sacerdoce, comme le montrent la pratique de l’Église primitive  et la tradition des Églises orientales. Celles-ci ont des prêtres qui choisissent, par don de la grâce, de garder le célibat – ce que font les évêques –, mais on y trouve aussi des prêtres mariés dont le mérite est très grand ; tout en recommandant le célibat ecclésiastique, ce saint Concile n’entend aucunement modifier la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans les Églises orientales ; avec toute son affection, il exhorte les hommes mariés qui ont été ordonnés prêtres à persévérer dans leur sainte vocation et dans le don total et généreux de leur vie au troupeau qui leur est confié. Mais le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce. La mission du prêtre, est de se consacrer tout entier au service de l’humanité nouvelle que le Christ, vainqueur de la mort, fait naître par son Esprit dans le monde, et qui tire son origine, non pas « du sang, ni d’un pouvoir charnel, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1, 13). En gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume des cieux , les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée, il leur est plus facile de s’attacher à lui sans que leur cœur soit partagé  ils sont plus libres pour se consacrer, en lui et par lui, au service de Dieu et des hommes, plus disponibles pour servir son Royaume et l’œuvre de la régénération surnaturelle, plus capables d’accueillir largement la paternité dans le Christ. Ils témoignent ainsi devant les hommes qu’ils veulent se consacrer sans partage à la tâche qui leur est confiée : fiancer les chrétiens à l’époux unique comme une vierge pure à présenter au Christ  ; ils évoquent les noces mystérieuses voulues par Dieu, qui se manifesteront pleinement aux temps à venir : celles de l’Église avec l’unique époux qui est le Christ. Enfin, ils deviennent le signe vivant du monde à venir, déjà présent par la foi et la charité, où les enfants de la résurrection ne prennent ni femme ni mari C’est donc pour des motifs fondés dans le mystère du Christ et sa mission, que le célibat, d’abord recommandé aux prêtres, a été ensuite imposé par une loi dans l’Église latine à tous ceux qui se présentent aux ordres sacrés. Cette législation, ce saint Concile l’approuve et la confirme à nouveau en ce qui concerne les candidats au presbytérat. Confiant en l’Esprit, il est convaincu que le Père accorde généreusement le don du célibat, si adapté au sacerdoce du Nouveau Testament, pourvu qu’il soit humblement et instamment demandé par ceux que le sacrement de l’Ordre fait participer au sacerdoce du Christ, bien plus, par l’Église tout entière. Le saint Concile s’adresse encore aux prêtres qui ont fait confiance à la grâce de Dieu, et qui ont librement et volontairement accueilli le célibat, selon l’exemple du Christ : qu’ils s’y attachent généreusement et cordialement, qu’ils persévèrent fidèlement dans leur état, qu’ils reconnaissent la grandeur du don que le Père leur a fait et que le Seigneur exalte si ouvertement, qu’ils contemplent les grands mystères signifiés et réalisés par leur célibat. Certes, il y a, dans le monde actuel, bien des hommes qui déclarent impossible la continence parfaite : c’est une raison de plus pour que les prêtres demandent avec humilité et persévérance, en union avec l’Église, la grâce de la fidélité, qui n’est jamais refusée à ceux qui la demandent. Qu’ils emploient aussi les moyens naturels et surnaturels qui sont à la disposition de tous. Les règles éprouvées par l’expérience de l’Église, surtout celles de l’ascèse, ne sont pas moins nécessaires dans le monde d’aujourd’hui : que les prêtres sachent les observer. Le saint Concile invite donc, non seulement les prêtres, mais tous les fidèles, à avoir à cœur ce don précieux du célibat sacerdotal et à demander à Dieu de l’accorder toujours avec abondance à son Église.

 

Paul VI dans l'encyclique Sacerdotalis caelibatus

Le pape assure que le célibat ecclésiastique est signe du Royaume promis par le Seigneur. La pratique du célibat revêt ainsi un sens théologique qui ouvre à l'absolu de Dieu.

La pratique du célibat a été contestée tout au long de l'histoire de l’Église au nom de motifs en tous genres plus ou moins oiseux. Avant toute revendication "contre", il est nécessaire d'écouter ceux qui vivent effectivement le célibat, choisi librement et le plus souvent avec beaucoup de joie. Hélas, bien souvent les détracteurs du célibat des prêtres pensent à la place des premiers concernés. La plupart des prêtres sont conscients que leur vocation les dépasse et que la grâce de Dieu est à l’œuvre dans ce don de leur vie. Certains tiennent d'autre non... Mais aucun de ceux qui ont été ordonné n'ont été forcés... Comme l'a prévenu le Christ dans l'Evangile... " Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne !" Et force est de constater que très majoritairement les prêtres sont heureux de vivre leur célibat.

Un discernement minutieux dans les séminaires, mais aussi un soutien fraternel et aimant, est nécessaire pour que soit vécu heureusement le célibat ecclésiastique par les prêtres.

 

Passage de la Bible : Le célibat ecclésiastique

MARDI, MAI 25, 2010 PAR MIGUEL MORIN 4 COMMENTAIRES

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Bien que le célibat ecclésiastique ne soit pas un dogme de Foi au même titre que par exemple la Trinité ou l'Incarnation, c'est une discipline qui a toujours eu une place privilégié dans la Tradition Catholique. Les interventions de plusieurs Saint-Pères depuis le début du concile de Vatican II démontre que cette discipline, qui a contribué à plusieurs saintes vocations dans l'Église, va se poursuivre malgré les pressions de plusieurs groupes qui veulent la faire modifier. Le but de cet article est de démontrer que même lors de l'écriture du Nouveau Testament, cette tendance était déjà présente dans l'Église.

Matthieu 19, 11-12
Mais il leur dit: «  Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui cela a été donné. Car il y a des eunuques qui sont venus tels du sein de leur mère; il y a aussi des eunuques qui le sont devenus par le fait des hommes; et il y a des eunuques qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne! »

1 Corinthiens 7, 2-9
Toutefois, pour éviter toute impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. La femme n'a pas puissance sur son propre corps, mais le mari; pareillement le mari n'a pas puissance sur son propre corps, mais la femme. Ne vous soustrayez pas l'un à l'autre, si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière; puis remettez-vous ensemble, de peur que Satan ne vous tente par suite de votre incontinence. Je dis cela par condescendance, je n'en fais pas un ordre. Je voudrais, au contraire, que tous les hommes fussent comme moi; mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, l'un d'une manière, l'autre d'une autre. A ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu'il leur est bon de rester comme moi-même. Mais s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient; car il vaut mieux se marier que de brûler.

1 Corinthiens 7, 32-35
Or je voudrais que vous fussiez sans préoccupation. Celui qui n'est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à plaire à sa femme, et il est partagé. De même la femme, celle qui n'a pas de mari, et la vierge, ont souci des choses du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit; mais celle qui est mariée a souci des choses du monde, elle cherche à plaire à son mari. Je dis cela dans votre intérêt, non pour jeter sur vous le filet, mais en vue de ce qui est bienséant et propre à vous attacher au Seigneur sans tiraillements.

1 Timothée 5, 11-12
Quant aux jeunes veuves, refuse-les, car, quand elles se sont détachées du Christ par désir sensuel, elles veulent se remarier, se rendant (ainsi) coupables pour avoir rompu la foi première. 

On peut voir aussi dès l'Ancien Testament, Dieu demandé au prophète Jérémie de ne pas prendre de femme dans Jérémie 16, 1-2 :
La parole de Jéhovah me fut adressée en ces termes: Tu ne prendras point de femme Et tu n'auras point de fils ni de filles en ce lieu.

 

Pourquoi le célibat des prêtres ?

   

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Jean Mercier, journaliste, auteur de Célibat des prêtres, la discipline de l'Église doit-elle changer ? (Desclée de Brouwer), répond aux questions de Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire.

Sophie de Villeneuve : Pourquoi les prêtres ont-ils l'obligation du célibat ? De quand date cette règle ? D'où vient-elle ? Pourquoi est-elle encore en vigueur aujourd'hui dans l'Église catholique romaine ?

J. M. : C'est une règle qui s'est imposée au XIe siècle. Jusqu'alors, il y avait des prêtres mariés. Mais le Christ est une figure célibataire, un itinérant. Il emmène avec lui des disciples eux aussi célibataires, consacrés à cette itinérance. L'apôtre Paul est encore une figure de célibataire. Puis l'Église s'installe et on ordonne des hommes mariés au diaconat, à la prêtrise et à l'épiscopat. Mais on leur impose de s'abstenir de relations conjugales avec leur femme.

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On le leur demande dès le début ? C'est une demande précise ?

J. M. : La première trace de cette demande remonte au début du IVe siècle. On pense que la règle a été imposée dès le départ, dans une vision du prêtre qui, même s'il est marié, est totalement voué à la fonction de l'intercession dans la messe. On considère que les relations conjugales sont incompatibles avec ce don, cette consécration totale du prêtre pour l'Église.

Les femmes acceptaient-elles cela ? On connaît certains de ces couples ?

J. M. : On a de nombreuses traces des difficultés notamment que connaissaient ces couples. Les prêtres mariés et leur femme devaient se « convertir » à la continence. Cela fonctionnait parfois, mais parfois non. L'Église ne voulait pas rompre le lien conjugal, elle demandait donc aux couples de vivre en proximité, mais c'était souvent difficile et parfois des enfants naissaient après l'ordination. Le prêtre était alors démis de ses fonctions, et la femme était bannie. Quand un homme était ordonné prêtre, et plus encore évêque, il demandait à son épouse de s'éloigner de lui. Au fil des siècles, c'est devenu de plus en plus difficile à gérer, il y avait des dynasties sacerdotales, et les pouvoirs religieux et féodal étaient tellement intriqués que l'Église ordonnait des hommes mariés simplement parce qu'ils étaient riches et puissants. Au XIe siècle, la réforme du pape Grégoire VII a purifié la situation en imposant le célibat.

C'est donc devenu une discipline de l'Église ?

J. M. : Oui. Maintenant il y a tout un débat pour savoir si ce n'est qu'une discipline, ou si c'est un peu plus que cela. Je pense que nous avons derrière nous une tradition très longue, qui a inspiré la spiritualité catholique. Avoir des prêtres célibataires implique toute une formation dans la manière de vivre la consécration au Christ, qui je pense a influé sur la spiritualité catholique, même pour les laïcs.

Au XIe siècle, quand on a imposé le célibat aux prêtres, l'ont-ils accepté facilement ? A-t-on assisté à une baisse des vocations ?

J. M. : Il est difficile d'avoir les statistiques de l'époque ! On sait que ce la n'a pas été simple, mais cela a fonctionné. Et ce modèle de prêtre sera renforcé au moment du concile de Trente, qui répond à la première grande crise qui se pose à l'Église d'Occident : la Réforme. Les réformateurs en effet considèrent que le célibat est une règle contre nature, malsaine, qui mène à des déviances. Quand les deux Églises se sont séparées, l'Église catholique a réaffirmé au cours du concile de Trente le célibat sacerdotal. Et, jusqu'à Vatican II, il n'a jamais été vraiment remis en question. D'ailleurs, Vatican II réaffirmera le célibat, ainsi que Paul VI dans la foulée. Sous la Révolution française, en 1793, on a forcé la main à pas mal de prêtres pour qu'ils se marient, mais c'était là une parenthèse historique extraordinaire. Dans l'Église catholique, la règle du célibat est restée inchangée. Et au cours de la crise des années 1970, alors que de nombreux prêtres quittaient le sacerdoce, Jean-Paul II en a réaffirmé le caractère sacré, notamment à travers le célibat.

Mais l'Église orientale, elle, ne suit pas la même règle.

J. M. : A la fin du VIIe siècle, il y a eu une première séparation entre l'Orient et l'Occident, l'Orient considérant que les prêtres pouvaient avoir des relations sexuelles avec leur femme. L'Occident a continué à ordonner des hommes mariés en leur imposant la continence. En Orient, les prêtres ne sont pas astreints à la continence, mais on n'ordonne plus évêques des hommes mariés. Et, si l'on peut ordonner prêtres des hommes mariés, une fois ordonnés, ils ne peuvent plus changer d'état. Un prêtre célibataire ne peut pas se marier. Cette règle se retrouve dans les Église catholiques orientales comme l'Église maronite, l'Église chaldéenne...

On entend beaucoup dire aujourd'hui que si l'on pouvait ordonner des hommes mariés, on aurait plus de prêtres. C'est vrai ?

J. M. : Dans mon livre, j'ai tenté une étude de faisabilité, c'est pourquoi je suis allé interroger des prêtres mariés de l'Église catholique latine, notamment en Angleterre (ce sont d'anciens prêtres anglicans). C'est très compliqué. On peut considérer que de jeunes hommes qui voudraient être prêtres n'entrent pas au séminaire en se disant qu'ils ne pourront pas tenir le célibat. Mais on peut considérer que cet argument cache d'autres difficultés liées au ministère des prêtres, comme l'obéissance à l'évêque. Je connais un certain nombre de prêtres pour qui cette obéissance est beaucoup plus contraignante que le célibat. Et puis en France il y a d'autres «crises des vocations», comme chez les enseignants qui pourtant peuvent se marier !

Ce qui semble ressortir des témoignages cités dans votre livre, en particulier des prêtres anglicans passés au catholicisme, c'est que le célibat a aussi sa grandeur et sa beauté !

J. M. : Et aussi sa simplicité. L'un des prêtres anglais mariés que j'ai rencontrés m'a dit : «Ma prochaine nomination dans le diocèse devra être décidée par mon évêque et par ma femme, parce que c'est ma femme qui gagne l'argent du ménage. Moi j'obéirai à ce qu'ils auront décidé». C'était dit sur le mode de l'humour, mais c'est vrai. Un prêtre marié en Angleterre aujourd'hui n'a pas les moyens de faire vivre sa famille, sans que son épouse fasse bouillir la marmite. C'est une contrainte importante. Si vous voulez déplacer une famille, il faut que le métier de la femme puisse aussi être déplacé, et c'est très complexe. 

 

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